Buzz l’éclair contre la lecture publique

Les dessins animés, y a pas de honte à en regarder, il paraît maintenant. T’as plein de gens avisés qui vont te dire Miyazaki par-ci, Michel Ocelot par-là. Ils vont t’en parler avec beaucoup de dithyrambe et d’hommage, je sais pas, on a dû inventer un nouveau genre : le dessin-animé d’art et d’essai. D’ailleurs il faut dire désormais « cinéma d’animation« , c’est plus chic et ça sous-entend que tu te tapes pas L’île aux zouzous non plus. Après, certains dessins-animés te filent des cas de conscience : est-ce que je peux avouer que je l’ai vu, ou je fais croire que c’était pour mes enfants, ou alors il pleuvait tellement que je me suis réfugié dans la première salle de ciné venue, ou… Tel est le cas de :

~~ Toy story 3 (2010)

L’histoire je vous la fais dare-dare : t’as Ken qui veut sortir avec Barbie, monsieur Patate qui se fait presser la pomme de terre et Buzz l’éclair qui se fait choper par un ours en peluche rose qui marche avec un bâton de Chupa Chups en guise de canne. La raison de tout cela m’a échappé, mais ils vont sûrement en sortir un quatrième, je me rattraperai à ce moment-là. En tous cas, quand tu regardes ce dessin-animé, t’en prends assurément plein les mirettes, c’est joli, bruyant et coloré, tu vois des petits bonshommes qui courent partout, on est quasiment sous amphétamine. Le seul moment où tu redescends dans Toy story 3, c’est quand une voix off, qui n’est autre que celle de notre ami Grand Corps Malade, te raconte l’histoire de l’ours-qui-pue-la-fraise. Là j’avoue, l’euphorie s’arrête d’un coup et tu frôles le bad trip. Il est d’une tristesse quand il parle cet homme-là, j’ai toujours l’impression que son chat vient de crever.

Bon, on n’est pas là pour palabrer, je voulais dire que si ça ne vous avait pas marqué, il y a une scène de bibliothèque dans Toy story 3. En fait, Buzz l’éclair vient de déranger Ken en pleine partie de pocker avec des G.I. Joe, et pour le punir, le bellâtre de chez Mattel dit : « Emmenez-le à la bibliothèque« . Oui, dans Toy story, c’est à la réserve de la bibliothèque qu’on torture les importuns. De fait, le pauvre buse va subir un interrogatoire pour le moins musclé qui va se finir par un reset mémoire. Pour ce faire, la bande à Ken demande au bibliothécaire de céans, un tetârd à lunettes qui a pas fini sa mutation en grenouille et qui semble avoir bénéficié d’une offre Tchin-tchin-tchin au moins, d’aller lui chercher la notice d’utilisation du Buzz l’éclair. Le bibliothécaire-binoclard-batracien s’exécute avec un sens du service public pas gégène : « Ça aurait très bien pu attendre demain matin« , dit-il. Oké.

Le fonds documentaire de la bibliothèque n’a pas l’air exceptionnel non plus : outre une littérature grise constituée par les modes d’emploi des jouets, on relève quelques bouquins grand public comme Singalong with me (?) ou My dog scratch (??) mais aussi des cahiers à spirales et des livres de tous formats présentés sur la tranche… Globalement, c’est rangé n’importe comment ; les magasiniers doivent être payés au lance-pierre. Il faut dire qu’on est dans la bibliothèque d’une crèche –et oui ça existe, et si les auxiliaires de bib’ sont âgés en moyenne de 18 mois, c’est sûr que le rangement et les inventaires doivent être tendanciellement approximatifs.

Je ne voudrais pas m’appesantir sur ce film, mais il y a quand même une chose qui m’a chagriné. Le scénario s’attache en effet à dire que les jouets sont malheureux à la crèche, et que leur écosystème le plus favorable, c’est celui calme et aimant de la famille, auprès d’un enfant qui prendra soin d’eux. La vie collective est carrément montrée comme criminogène pour le jouet (on voit un monsieur de la crèche mettre à la benne les jouets cassés). Pour être honnête, tout ça m’a fait frémir un instant, car si on concevait ainsi la vie intime des livres, ça voudrait dire que les bibliothèques sont des lieux où les pauvres livres sont martyrisés par l’usage collectif, et qu’ils sont bien moins heureux que leurs congénères achetés en librairie et qui ont droit à une vie bien rangée, sur une étagère Conforama en copeaux de bois vernis, dans le salon de monsieur et madame Toulemonde. Du coup je me dis : heureusement que les livres ne sont pas doués de pensée (ni de jambes) comme les jouets de Toy Story, sinon, ils quitteraient illico les travées de nos bibliothèques publiques pour aller se réfugier dans la sphère privée. Et ça, ça serait la mort de la lecture publique ma bonne dame. Gasp, ce dessin-animé est en fin de compte assez effroyable.

Vous pouvez emprunter le DVD de Toy story 3 à la médiathèque de Joué lès Tours, dont les habitants ne sont pas les Jouets, mais les… Jocondiens. C’est classieux. Tout comme la boîte de retour pour les documents en alu brossé, que je trouve très belle par rapport à ce qu’on voit communément.

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