Ya-t-il-une bibliothécaire pour sauver le président ?

Connaissez-vous le film d’Alan Pakula qui narre l’affaire du Watergate, laquelle se solda en 1974 comme on le sait par la démission du président Nixon ? Ce film se penche plus particulièrement sur l’enquête liminaire, menée par deux journalistes du Washington Post, grâce au concours du fameux indic’ Gorge profonde (soit ce monsieur avait un goître, soit il était fan d’un film X de l’époque), mais aussi et c’est moins connu, grâce à la bévue d’une bibliothécaire…


~~ Les hommes du président (1976)

Si l’affaire du Watergate est tortueuse, je voudrais tout de même essayer de vous expliquer pourquoi Richard Nixon, en définitive, s’est fait pourrir à cause d’une employée de bibliothèque  :

  1. En juin 1972, cinq hommes sont surpris en train de poser du matériel d’écoute dans les locaux du parti démocrate américain ;
  2. Dans le calepin de l’un d’eux, on trouve les coordonnées d’un certain Howard Hunt (on le saura plus tard, c’est un espion américain qui bosse aussi au comité de réélection de Nixon…) ;
  3. Une secrétaire de la Maison blanche révèle à l’un des journalistes qu’Howard Hunt rapportait souvent, de la bibliothèque de la Maison blanche comme de celle du Congrès, des livres qui concernaient le sénateur Kennedy (alors rival de Nixon pour la présidentielle) ;
  4. Le journaliste téléphone à la bibliothèque de la Maison blanche pour savoir de quels emprunts exactement il s’agissait, mais l’employée qui lui répond, après lui avoir dit qu’elle se souvenait bien de ce Hunt et qu’elle allait regarder dans ses fiches de sortie, se ravise brutalement… comme si son supérieur hiérarchique venait de lui intimer l’ordre de se taire. La suspicion s’immisce dès lors dans l’esprit du journaliste : la bibliothécaire, c’est certain, se paye sa tête. Du coup, c’est à partir de là que le Washington post va focaliser ses efforts sur ce mystérieux Howard Hunt dont on veut cacher l’existence.
  5. On apprendra par la suite qu’il fut l’organisateur du commando du Watergate et aussi, qu’il avait sans doute exploité l’accident de Teddy Kennedy pour briser la carrière de celui-ci au bénéfice de Nixon…
Alala, si cette bibliothécaire avait mieux menti !

Les deux journalistes sont joués de manière très convaincante par Robert Redford et Dustin Hoffman. J’avais vu ce dernier dans Rain man et j’avoue qu’il fait ici montre de prouesses intellectuelles bien supérieures. Par contre, j’aurais jamais cru que Robert Redford était une pipelette comme ça. Toute la première heure du film, il la passe pendu au téléphone à essayer de faire avancer l’enquête. C’est sûr, Internet n’existait pas encore… mais visiblement le téléphone était aussi addictif. Au bout d’un moment quand même, ils en ont ras-le-bol de mener l’enquête assis à leur bureau, et les deux journalistes se décident à aller prendre l’air à la bibliothèque du Congrès. Leur idée est d’y éplucher les fiches de circulation relatives à l’usager qu’ils suspectent (ayant fait chou blanc, si je puis dire, à la bibliothèque de la Maison blanche).

Dialogue entre les deux journalistes au moment d’entrer dans la bibliothèque :

« — Bon, essayons de trouver quelqu’un d’avenant ! (…) –Hum, ici, ça me paraît difficile »

Sympa, le cliché du bibliothécaire renfrogné. Remarque, le premier qu’ils rencontrent, vraisemblablement un responsable, les envoie bouler sans ambages, avec un bon ptit sourire Ultra brite en prime. Après, ils trouvent enfin un visage avenant, c’est un bibliothécaire avec un afro tu dirais Curtis Mayfield avant 9 heures du mat’ : ce dernier leur donne une vingtaine de liasses de fiches de prêt et leur souhaite bon courage, avec un léger sourire narquois. Après, un superbe plan surplombe la salle de lecture depuis le dôme, suggérant l’étourdissement occasionné par le travail de fourmis dans lequel se sont lancés les deux journalistes.

Plus tard, on trouve une autre scène de bibliothèque, dans un établissement cette fois non identifié : Redford y cherche des indices, aidé par une bibliothécaire aux cheveux blonds très soyeux. On ne la voit malheureusement que de dos, mais selon moi elle doit ressembler à Bo Derek. Après, je ne sais pas si c’est la nana qui le déconcentre, mais Redford ne semble pas très doué pour la recherche documentaire : il ne fait que feuilleter le bottin local et le Who’s who. Je ne vois pas ce qu’il pourrait trouver comme indices là-dedans… Je veux dire, ça m’étonnerait que la CIA publie les bios de ses agents dans le Who’s who par exemple.


Les hommes du président est un excellent film d’investigation, genre dans lequel Pakula excellera longtemps. Vous pouvez emprunter le DVD du film à la médiathèque Saint Nicolas, à Laval, ville où a été lancé l’inénarrable camembert… Président, quelques quatre années avant le scandale du Watergate (mais sans lien de causalité apparent, encore qu’il faudrait mener l’enquête).

Advertisements

Commentez cet article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s