Poker pépère au CDI

Je me souviens, y a une paye, il y avait une chanson qui disait  : « Alors regarde… regarde un peu… je vais pas me taire parce que t’as mal aux yeux… ». Alala Patrick, combien de fois pourtant j’ai rêvé que tu te taises, ma parole. J’avais pas mal aux yeux je te jure, mais j’aurais acheté tous les collyres du canton pour plus entendre ta voix de soprano à la radio, dans les supermarchés, sous le préau du collège, et sur les lèvres des copines qui t’épinglaient sur leur mur de chambre et scotchaient ta face sur la couverture de leur cahier de texte. Plus tard, comme j’avais grandi, et mué (comme toi), j’ai découvert que tu avais aussi tourné dans des films plutôt sympas (pas ceux d’Alexandre Arcady je veux dire). Mon préféré entre tous :

~~ P.R.O.F.S (1985)

Vous avez remarqué comment le titre est écrit, avec des points entre chaque lettre, ça fait super joli. Et puis, quand on est un peu cinéphile et qu’on a d’autres références que Le gendarme et les extraterrestres –vous sentez pas visés–, bah on sait que ce film de Patrick Schulmann adresse un petit clin d’oeil à M.A.S.H., dont il reprend le même esprit potache et frondeur. L’histoire en 2 mots, c’est une bande de jeunes profs qui mettent le souk dans leur lycée, occasionnant autant l’admiration de leurs élèves que l’incompréhension de leurs collègues plus âgés. C’est un peu le cercle des pouet-pouet disparus, si on voulait faire une comparaison et un jeu de mots en même temps.

Or la bibliothèque du lycée est le repaire de ces joyeux enseignants : ils y refont le monde, y disputent des parties de handball, mais surtout, de poker –c’est d’ailleurs amusant de voir Bruel mettre leur pâtée à Luchini et Bourseiller, ses collègues intellos. Je ne sais pas si sa passion reconnue pour le poker est née sur le tournage de P.R.O.F.S. ou si Patrick Benguigui aimait déjà tant le poker qu’il a demandé au réalisateur d’y inclure des scènes dans le film, mais en tous cas tu sens le mec qui rigole pas avec les brelans de 7.


Envers le CDI et la documentaliste de son bahut en revanche, aucun respect de la part de notre chanteur engagé et de ses compères. Peut-être qu’en effet, cette documentaliste nommée Josiane n’est pas des plus attrayantes : c’est comment dirais-je, une sorte d’Yvette Horner qui serait passée à la moulinette Pierre Dukan et qui aurait troqué son accordéon contre des binocles redoutables, pris chez le même opticien que Jean-Paul Sartre. Pour ne rien arranger, Josiane est la teigneuse déléguée syndicale du personnel et a contracté une solide réputation de femme « fatigante », « chiante », et caetera.
Amoureuse transie du prof de gym, elle ajoute à ce portrait l’âpreté de la femme refoulée. Elle devient donc, rapidement, la bête noire de ces profs un peu fou-fou-fous. Elle sait toutefois leur donner le change : exaspérée par le squatting assidu de Bruel et sa bande qui ont réussi à corrompre son aide-bibliothécaire, elle demande à la direction qu’une note de service soit produite pour interdire les apéros et les parties de poker dans le CDI.

Naturellement, le renseignement au public est entravé par ces tensions à répétition. A un moment, un élève vient demander un livre politique, Josiane botte en touche et l’accompagne vers son aide-documentaliste, qui a priori se trouve être le responsable du plan de classement. Il est en pleine partie de poker :

— Tu as Les analphabètes au pouvoir, de Zucchi ? — Non mais tu vois bien que je suis occupé (il joue aux cartes)… tu peux pas regarder toi-même ? –C’est impossible, personne n’y comprend rien à ton classement ! … (il prend un livre au hasard) –Tu veux pas Le petit livre vert de l’ayatollah Khomeiny plutôt ? (…) –Ça suffit à la fin, donne-lui le livre qu’il demande !

P.R.O.F.S est un film super drôle, très bien joué (à part Luchini, étrangement aussi expressif qu’un poisson-zèbre), et qui avec l’âge s’est enrichi de ce charme si particulier aux années 8O, où le vent libertaire finissant de mai 68 produisait des comportements étonnants chez les gens…

Vous pouvez emprunter le DVD de cette comédie à la médiathèque du Canal à Montigny-le-Bretonneux, toute proche de La Verrière, qui est l’établissement médicalisé le plus réputé pour l’accueil des professeurs en dépression nerveuse, et qui fait d’ailleurs l’objet d’une scène à la fin de P.R.O.F.S.

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Une réflexion sur “Poker pépère au CDI

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