Catastrophe, y a plein de monde à la bibliothèque !

On a souvent tendance à penser que les gens sont plus nombreux à se déplacer à la bibliothèque quand il ne fait pas très beau. Il y a même des bibliothèques qui se présentent comme des alternatives au mauvais temps. Mais le top, c’est en cas de grosse grosse intempérie, cyclone ou raz-de-marée j’entends, alors là c’est obligatoire, tu as des affluences records d’usagers. Bienvenue dans…

~~ Le jour d’après (2004)

En anglais le film s’appelle The day after tomorrow, je ne sais pas, mais à mon avis il n’y a pas besoin d’avoir fait une thèse en faux-amis ou d’être le translateur officiel de Lord Byron pour savoir qu’on devrait traduire ce titre non par Le jour d’après, ce qui est très moche et relève d’un travail bassement littéral, mais par Le surlendemain. Bon, après, soyons bons princes, c’est un film à petit budget, on ne va pas leur tenir rigueur de cette erreur de débutant.

Parlons plutôt des chouettes côtés du Surlendemain : en effet, c’est dans les locaux de la bibliothèque municipale de New York que se déroulent les scènes principales de ce film-catastrophe. C’est-à-dire qu’à la faveur d’un tsunami débarquant sur Big Apple, un groupe de New-Yorkais se réfugient dans la bibliothèque de la ville. Pourquoi pas. Excellente initiative en vérité, car le tsunami s’avère n’être qu’une entrée en matière : juste après, pour une raison que je n’ai pas identifiée, la température va baisser très rapidement de 50°c et la présence des livres va fournir, à tous ces usagers pas trop regardants sur l’aspect patrimonial des collections, un combustible bienvenu pour se réchauffer.

Ironiquement, c’est dans le bureau du conservateur, doté d’une belle et vaste cheminée, que se produit l’inconcevable : lecteurs et agents de la bibliothèque dans une synergie remarquable, se relayant pour remplir de bouquins les chariots de rangement et former une grande chaîne du livre aboutissant à l’immolation des volumes. Etrangement, les bibliothécaires ne semblent pas très hostiles au fait qu’on crame tous les livres de la bibliothèque. Il y a bien une employée qui glisse timidement « Vous savez, les livres ne servent pas qu’à être brûlés« , mais la résistance à cet holocauste culturel est plutôt timorée. Un lecteur (athée, précise-t-il mais franchement il a une tête de témoin de Jéhovah) a quand même le réflexe d’épargner un des 48 exemplaires de la Bible de Guntenberg, dont l’épaisseur aurait pourtant fourni de belles braises. Immédiatement, on se demande ce qu’en Californie Bill Gates a fait de son exemplaire, peut-être un radeau ou un bouclier anti-sismique, en tout cas en voilà au moins un de sauvé. Plus loin, dans la salle de lecture, deux personnes s’écharpent au sujet de Nietzsche : faut-il brûler son oeuvre, ne faut-il pas ? Le consensus est trouvé : Nietzsche avait des rapports ambigus avec sa soeur Elisabeth, on peut donc mettre ses livres au feu :

 « –Vous ne pouvez pas brûler Friederich Nietzsche, ce type est le penseur le plus important du 19ème siècle. –Oh, s’il vous plaît, Nietzsche était un chauviniste malsain qui était amoureux de sa soeur! –Ce n’était pas un chauviniste malsain! –Oui, mais il était amoureux de sa soeur! (…) –Euh, excusez-moi messieurs-dames, il y a tout un rayon sur les taxes locales, je crois qu’on peut le brûler. »

Au fur et à mesure du film, les rescapés perfectionnent leur technique. Car au début ils jettent les livres directement dans le brasier, et je ne sais pas si vous avez déjà essayé, mais mettre au feu un livre recouvert de filmolux, ça fait plein de fumée et ça dégage une vieille odeur de pneu qui te descend dans le larynx, c’est assez désagréable… La solution est apportée par un sans-logis : arracher la reliure et ne mettre au feu que les folios. Technique bien connue dans le milieu SDF new-yorkais : « Ça vaut pas le papier journal, mais ça fera l’affaire… Vous savez, après des années passées dans la rue, on sait comment garder la chaleur« . Un classique de la mythologie américaine : le clochard qui arrive à élever toute la nation. J’ai failli pleurer mais je me suis contenu, ma femme était à côté.

Au-delà du film-qui-fout-les-boules, Le jour d’après est une oeuvre édifiante qui donne des clefs pour envisager la bibliothèque du 21ème siècle. Pour résumer : ne jetons pas les livres ! Car si toutes les bibliothèques basculaient leurs collections dans le numérique, on ne survivrait pas 10 minutes au premier cataclysme venu. Je veux dire, même si les burlingues de nos conservateurs sont en chêne massif, ça ne va pas nous réchauffer longtemps, pensez-y.

Le jour d’après est bon vieux film catastrophe, d’aucuns diront catastrophique, réalisé par Roland Emmerich et produit par la firme du Renard du 20ème siècle. Un peu irréaliste évidemment (les bouleversements climatiques se font sur 3 jours), foncièrement nanar, mais en définitive on ne s’est pas ennuyé.

Vous pouvez en emprunter le DVD à la bibliothèque Saint-Exupéry, de Toulouse, à 10 minutes de  l’Ecole nationale de la météorologie, qui dispense sans doute des enseignements moins alarmistes que Roland Emmerich, lequel il faut reconnaître, nous a dans son dernier film, gratifiés d’une caution scientifique bien plus aboutie. 

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8 réflexions sur “Catastrophe, y a plein de monde à la bibliothèque !

  1. Et bien, Anonyme, voilà une grande question. Personnellement, je ne sais pas quoi vous répondre vu que pour ma part, je n’ai pas souvenir d’avoir jamais brûlé un livre… à part peut-être au collège, mon cahier de textes à la fin de l’année de 5ème…
    De mon point de vue, il vaut mieux déchirer les livres et les mettre dans le conteneur jaune, c’est quand même meilleur pour la couche d’ozone.

  2. Nietzsche n’a jamais été amoureux de sa sœur!! Quand bien même, en quoi la vie d’un penseur mériterait qu’on brûle son oeuvre?

  3. Bien vu, mais faite gaffe quand même, ce blogue a un habillage un peu bariolé qui risque de faire douter vos collègues qui vont croire que vous zonez sur un site de scrapbooking ou de ché pas quoi. Si vous avez des ennuis avec votre hiérarchie, dites-moi et je pourrais vous envoyer une attestation sur l’honneur comme quoi je tiens un blogue extrêmement professionnel.
    Cordialement,
    Mp

  4. bien sur que si, nous le lisons sur notre temps professionnel, on appelle ça de la veille…..

  5. Merci pour ce coucou, j’espère par contre que vous ne lisez pas ce genre de blogue sur votre temps de travail.
    … Si vous n’avez pas de travail, pardonnez-moi. J’imagine que ça ne doit pas être facile tous les jours.

  6. je n’ai découvert votre blog qu’aujourd’hui, que de temps à rattraper 😉
    Que dire, sinon que j’ai bien ri : en lisant le billet, puis à la lecture de votre réponse !
    merci

  7. Cher visiteur bonjour,
    Permettez-moi de vous féliciter pour ce jeu de mot et surtout pour votre perspicacité. Vous avez percé à jour que le contenu de ce site est en effet, principalement fondé sur des dispositions calendaires. Je présenterai donc un film réalisé par une femme le 8 mars, un film pour enfants à Noël, un film d’horreur le jour d’Halloween, un film avec Gérard Depardieu à Mardi-gras, un film sentimental le 14 février et un film de Bergman à la Toussaint.
    En revanche, je ne suis pas trop d’accord avec vous sur l’idée qu’il faille forcément extérioriser ses émotions au sein du couple. Je ne sais pas si vous avez déjà pleuré en présence de votre conjoint(e) mais c’est pas toujours génial. J’ai remarqué par exemple, à chaque fois que ma femme me voit pleurer, elle se sent obligée d’essuyer (tendrement certes) la larme sur ma joue, et ma foi c’est très chiant. Car ce que je préfère justement quand je pleure, c’est ce moment où la larme, vers la fin de sa course, s’effile et te picote un peu la peau en arrivant à la mâchoire, ça fait comme une mini-morsure accentuée par la présence de mes poils, c’est somptueux. Personnellement, je préfère largement garder mes larmes pour des moments solos. Mais comme on dit maintenant dans les réunions d’ex-toxicos… ça se discute.

  8. Publié le 11 septembre… On sent le chauffeur de buzz ! Et puis faut pas réprimer ses sentiments comme ça. Après on intériorise, c’est pire !

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