Pause crapuleuse entre deux travées

Le croira-t-on ? Guillaume Canet s’est fait larguer par Marion Cotillard. Pour une raison aussi anecdotique que compréhensible : il a découvert que la famille de Marion vivait dans une HLM. Et ça, c’est terrible. C’est comme fouiller dans le sac à main de sa chérie, ça lui met les nerfs en pelote et tu te prends un savon de Marseille dans la tête en moins de deux. Pour rattraper un coup pareil après, il est bien vu de se répandre en excuses et de passer chez Caroll ou Marionnaud. Mais Guillaume n’est pas assez fin psychologue, il se contente de prendre la tangente. Guillaume, que se passe-t-il ? Marion Cotillard est l’actrice la mieux payée de France, tu devrais faire preuve d’un peu de délicatesse, d’autant qu’elle n’est pas trop mal proportionnée non plus, fais un effort. Quoiqu’il en soit, on notera que quand Guillaume Canet fait sa tête de cochon, c’est à la bibliothèque qu’il se réfugie. Un homme de goût, en fin de compte.

~~ Jeux d’enfants (2002)

En fait, on sous-estime souvent ce motif de fréquentation des bibliothèques : le chagrin amoureux. Derrière le goût de la lecture qu’on observe chez nombre d’usagers, se cache souvent une affaire de rupture amoureuse. La bibliothèque et son offre documentaire diversifiée nous tendent les bras pour nous permettre de penser à autre chose, de nous extirper des émotions qui nous envahissent et nous mortifient. C’est un sentiment très beau et tres bête à la fois, car des fois tu tombes sur un roman qui parle d’amours contrariées, et là tu te dis zut, tu aurais mieux fait de prendre un abonnement à la piscine plutôt qu’une carte de médiathèque.

Heureusement, Guillaume est plus malin que ça : dans sa quête d’un lieu tue-l’amour, il a dégotté le must : la bibliothèque universitaire de Liège, avec ses livres enfermés dans des étagères grillagées et ses bibliothécaires aussi sexy qu’une publicité contre l’avortement. En grand professionnel de l’échec amoureux, il s’est même inscrit à l’agrégation de géographie, comme ça il est sûr que pendant un an, il n’aura pas de temps pour la bagatelle. Pourtant, coincé à la B.U. entre Pinchemel et Pierre Merlin, il n’a pas l’air d’être des masses captivé par la préparation de son concours. On le voit essentiellement mastiquer son stylo-bille et fureter du regard à-gauche-à-droite, comme s’il attendait que quelque chose se passe (il a dû oublier qu’il était dans une bibliothèque).

Un jour, Marion Cotillard –prise de remords, se rend dans cette bibliothèque dans le but mal feint de se réconcilier avec Guillaume. Elle l’aborde en faisant un commentaire assez nul sur le bouquin d’urbanisme qu’il a sur sa table. Il ne semble pas réceptif. Elle décide alors de le titiller :

« — C’est bon, va bosser. Moi aussi de toute façon j’ai pas mal d’examens à passer. — Ah oui ? — Oui , j’étudie les hommes. — Ah, t’as pris socio finalement ? — J’ai pas dit les humains, j’ai dit les hommes… les mâles, les mecs… et j’ai déjà pas mal révisé, figure-toi… –Bah profites-en, t’es dans une bibliothèque, y a pas mieux pour réviser »

Là-dessus, Marion en a sans doute assez de parler études tout ça, elle a envie de faire une petite pause. Son idée de la pause est un peu déroutante : elle déboutonne le jean de Guillaume et réclame un câlin. Le problème c’est qu’on est toujours dans la bibliothèque, et la perspective d’un frotti-frotta contre les étagères d’ouvrages patrimoniaux n’enchante pas tellement Guillaume, qui craint sans doute pour la conservation des livres.

On peut toutefois s’intéresser à la demande manifestée par Marion Cotillard. C’est vrai, les B.U. ont fait des efforts ces dernières années pour aménager des espaces de convivialité et de respiration pour les étudiants. Mais en dehors du coin café finalement, t’as quand même pas beaucoup de propositions. Je veux dire c’est regrettable, même dans les prisons ils ont mis en place des sex-rooms, on appelle ça en politiquement correct les Unités de Vie Familiale. Pourquoi en bibliothèque universitaire on ne ferait pas les « carrels de l’amour » ? On sait bien que quand t’as la vingtaine, la sève monte toutes les 10 minutes, et avec la pression des partielles et tout, ça peut vite devenir invivable si t’as pas des petits moments love pour faire sas de décompression. Pourquoi pas ? On pourrait même imaginer un service croisé carrel de l’amour + rent a libarian, qui fournirait pa ailleurs un formidable aiguillon pour le management des équipes.

Que dire de ce film ? Que c’est une très jolie comédie romantique ? Oui, disons que si ton film préféré est Amélie Poulain et ton auteur de chevet Alexandre Jardin, ça peut éventuellement le faire. Ou, si ton porte-clef Hello Kitty vient de péter et que tu l’as remplacé par un truc plus hardcore du style Polly Pocket, alors là tu vas clamser de bonheur avec ces Jeux d’enfants. Sinon, ma foi, c’est un film assez menu, plutôt agréable, aux dialogues malicieux mais trop débile pour qu’on puisse en parler dans les dîners. Je trouve.

Le DVD de Jeux d’enfants est disponible dans les bacs de la médiathèque François Mitterrand, à Poitiers, qui ouvre le mardi jusqu’à 22 heures. Mais si vous souhaitez de véritables jeux d’enfants, le réseau des bibliothèques poitevines propose également, dans sa ludothèque, plus de 4000 jeux, allant du puzzle Winnie l’Ourson aux jeux vidéo où tu fais des trucs interdits dedans. La carte de médiathèque permet d’emprunter 2 jeux ou jouets.

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3 réflexions sur “Pause crapuleuse entre deux travées

  1. J’ignorais l’existence de film réalisé en partie à la BU de Liège. La salle en question est la Salle Marie Delcourt, première femme chargée de cours à l’Université de Liège (à partir de 1929). Cette salle est exclusivement accessible sur rdv. C’est là que sont conservés une bonne partie des fonds patrimoniaux de l’Université (manuscrits, incunables, et ouvrages précieux…).
    Ce n’est pas vraiment là que les futurs agrégés de géographie se rendraient dans la réalité… 🙂

  2. D’accord avec vous Benjamin, la fascination des scénaristes pour ce modèle de bibliothèque –boisée, aux lumières tamisées, est exagérément répandue. En plus, (comme dans ce film), j’ai remarqué que l’ambiance et la lumière propres à ce type d’établissement n’apportent souvent rien à la dramatique ou au déroulé de la scène. Ici, la scène se serait passée dans n’importe quelle B.U. moderne que ça n’aurait pas changé son intensité, si je peux employer ce mot pour le jeu de Marion Cotillard et de Guillaume Canet.

    Je sais pas à quoi c’est dû, mais il me semble que ça évoque furieusement la bibliothèque-temple du savoir, avec ce mobilier « liturgique » que vous décrivez (les lampes en opaline qui procurent une lumière proche des cierges), le silence qui enveloppe l’atmosphère, et aussi l’attitude de l’étudiant montré sur sa table comme s’il était en recueillement.

  3. C’est intéressant de remarquer que ce film, toute comme les Rivières Pourpres (un autre français), représente la bibliothèque comme une BU américaine avec les lampes vertes, les grandes salles en bois et des rayonnages où l’on doit prendre des escaliers pour monter…
    Elles sont pas assez glamours nos bibliothèques française ?

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