Ça (1990)

 

Dans les films de guerre américains on le sait, c’est toujours l’acteur noir qui joue le premier cadavre. C’est normal, c’est culturel. Et quand il y a deux acteurs noirs, bah on tire à la courte paille pour savoir qui cassera sa pipe en premier –ou alors (cas le plus fréquent) le scénariste change la scène et fait mourir les deux en même temps (grâce à la technique de la balle qui ricoche ou de la grenade à défragmentation). De toute façon, même si l’acteur noir n’a tourné qu’une journée, en général ça suffit à nourrir sa famille sur trois générations donc tout le monde est content… Ça.

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Ça n’est pas un film de guerre mais franchement, le sort qu’il réserve aux gens de couleur n’y est guère plus avantageux. Pensez-vous, c’est l’histoire de sept anciens copains d’école qui se retrouvent 30 ans après pour fêter le bon vieux tempsC’est remarquable : ils sont tous devenus beaux, nantis et mariés ou maqués avec de superbes gonzes. T’as un écrivain, un styliste, un animateur de télévision en vogue, un architecte… Mais le Noir de la bande, lui, est comme par hasard le seul à avoir foiré sa vie : vieux célibataire de 40 balais engoncé dans ses pulls en acrylaine, il n’a jamais bougé du patelin originel et habite une bicoque en bois qui hésite entre le vermoulu et le branlant, on dirait qu’un unijambiste et un nain obèse se sont battus pour la construire. Pour parachever le tableau, ce looser exerce le métier de … bibliothécaire. Le summum de la relégation sociale, quoi. Au nom de la profession, merci au cinéaste pour tant de subtilité. Vaut mieux mourir sous le feu ennemi, je dis. Du coup, trop perturbé pour parler sereinement de ce film, je vais simplement vous montrer des images de la bibliothèque qui y est filmée en vous laissant aviser.

Un homme pressé. C’est normal dans 30 secondes, le SIGB va déclarer ses livres en retard et les amendes vont tomber. En plus, vu la dégaine de première communiante de la bibliothécaire, tu sais déjà que tu ne vas pas pouvoir négocier.

« C’est impossible, monsieur, c’est la machine qui génère les amendes et je ne peux rien faire. » (le mensonge le plus répandu chez les bibliothécaires avec : « Oui, j’ai beaucoup aimé ce livre, mais je ne m’en souviens plus très bien » )

Une présentation de livres innovante : la lampe de chevet juste au-dessus du bouquin, qui chauffe tellement le film plastique de la couverture que si tu prends le livre, il te reste collé dans les mains et t’es obligé de repartir avec. Une technique ingénieuse pour faire sortir les romans nuls.

Suite à la dernière enquête sur les publics, la bibliothèque s’est aperçue qu’elle touchait très peu les trentenaires à catogan. Elle dépêche donc ses meilleurs agents hors des murs afin de battre la campagne et faire la promotion de la lecture publique auprès de ces publics empêchés. « Vous voyez ce bâtiment là-bas, mon ami ? Et bien c’est la bibliothèque. Elle a changé ma vie, pourquoi pas la vôtre? Venez avec moi, on a un formidable rayon 391.5 sur la coiffure » .

Quand tu es satisfait du bibliothécaire que tu as emprunté, tu peux lui donner l’accolade, c’est un signe de reconnaissance qu’il affectionne particulièrement. Méfie-toi quand même de ne pas rester collé à lui, ils emploient la même technique que pour les romans nuls. Et emmener un bibliothécaire chez soi, c’est un mauvais plan, crois-moi.

Une bibliothèque à la dimension conviviale très forte. Dans sa charte du service public, elle prévoit que pour tout usager qui tousse ou s’égosille, un bibliothécaire propose systématiquement un verre d’eau.

Les lecteurs qui s’endorment dans les chauffeuses sont souvent une source de dérangement pour les autres à cause d’un ronflement mal maîtrisé. Pour éviter ça, la bibliothécaire déambule à intervalles réguliers dans les espaces et frôle de sa jupe plissée les lecteurs qui piquent du nez afin de les maintenir éveillés.

Afin de rendre les agents plus disponibles pour le public, la bibliothèque a automatisé certaines tâches internes. Le désherbage se fait désormais par aspiration. Ainsi, une sélection naturelle par le poids du livre est opérée : les plus lourds restent sur les étagères.

.La RGPP fait des émules dans les collectivités locales : certaines bibliothèques municipales commencent à développer des partenariats avec le privé, comme ici où on a confié à McDonald la gestion des animations… Avec quelques ratés : cet imbécile de Ronald a mis du ketchup partout et un usager (qui s’est pris une rasade en plein visage) vient se plaindre à la bibliothécaire :



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On parle trop des jeunes de banlieue qui soi-disant mettent le bazar dans les bibliothèques. Parfois tu ne t’y attends pas, mais c’est une bande de blonds de 40 ans qui viennent te démolir ta banque de prêt, font les guignols avec le matériel et commettent des atteintes volontaires au règlement intérieur. Heureusement, on a sur le bureau de prêt une sonnette pour appeler le conservateur à la rescousse.

 

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Si en dépit de ma mise en garde liminaire vous souhaitiez accéder au DVD de ce film adapté de Stephen King (qui tourne comme d’habitude autour des terreurs infantiles, cette fois-ci incarnées par le personnage du clown), vous pouvez vous rendre à la médiathèque de Lomme joliment nommée L’odyssée. Celle-ci propose le film dans le cadre d’un fonds très intéressant sur les arts du cirque et du spectacle en général.

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8 réflexions sur “Ça (1990)

  1. D’accord avec vous Lourinki, les nombreux films adaptés de King m’ont rarement fait monter au plafond de la Sixtine. Ceci dit, la relation que King entretient avec le ciné a souvent été foireuse aussi : il a participé activement comme scénariste à plusieurs adaptations que j’ai pas du tout aimées, alors que d’un autre côté, par exemple, il détestait la version de Shining livrée par Kubrick, qui pour moi (comme pour Rita Hayworth et La ligne verte) n’est effectivement pas archi-fidèle, mais si on la prend sous l’angle non de l' »adaptation dévote », mais du « film inspiré par », est un film magnifique. Stephen King a maintes fois montré dans ses déboires avec Hollywood qu’il avait un petit problème avec les gens qui prenaient des libertés vis-à-vis de son oeuvre. Il y a sans doute un peu d’ego d’écrivain là-dedans.
    Mp

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  2. Je n’ai pas vu ce film (et ces quelques captures d’écran me suffisent, merci !), par contre j’ai lu le roman il y a très longtemps. Je ne me souviens pas des détails, mais je me rappelle que la bibliothèque servait de cadre à plusieurs scènes importantes, comme toujours chez Stephen King : il vénère les bibliothèques, non seulement il les « place » aussi souvent que possible dans ses romans, mais il en parle dans ses préfaces et dans son essai « Ecriture ». Par contre, il aurait de quoi être moins copain avec le cinéma : les adaptations de ses romans sont rarement réussies !

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  3. Merci pour votre gentil message Readerz, si vous en avez l’occasion n’hésitez pas à regarder cette adaptation très réussie. Son seul défaut : le film est très long (trois heures je crois), ce n’est pas qu’on s’y ennuie une seule seconde, mais il faut reconnaître qu’en trois heures on pourrait faire d’autres choses plus utiles pour la société et son entourage (je pense notamment à : monter cette maudite table de chevet Ikéa qui traîne dans le carton depuis 2 semaines).

    Bien à vous,

    Mp

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  4. Super article j’ai bien rigolé! Jamais vu le film mais lu le livre, ça me le fait voir d’une autre façon, merci !
    (Premier que je lis de ce blog, et certainement pas le dernier! C’est une super idée ce que vous faites, bravo!)

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  5. J’avais adoré le film (brrr) mais couplé avec mon métier…
    Aaah.
    J’en redemande.
    (Merci pour les sous-titres, c’était délicieux)

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  6. Tout à fait d’accord avec vous, cher JLDV (ça ressemble à JCVD avez-vous remarqué), on devrait davantage militer pour la constitution de nanarthèques dans les bibs françaises. Le statut de nanar est ma parole celui de la consécration pour un film. T’as plein de films quand ils sortent, tout le monde les trouvent chouettes, puis 10 ans passent et étrangement ils deviennent des navets… Mais par une opération quasi-insondable, 10 ans encore plus tard, ils accèdent au rang de nanars savoureux. C’est la magie du cinéma tout ça. Et surtout il faut se dire qu’on est toujours le nanar de quelqu’un.
    Bien à vous, signé -Misterpamp-

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