Et si on faisait un saut à la bibliothèque ?

Certains films, je sais pas, on a beau faire des efforts pour que la pilule passe (se gaver de bières bon marché, abattre son repassage en même temps, se faire une épilation ventrale…), la pilule ne passe pas du tout et on est juste pantois. Celui-ci, je ne sais pas trop par quel bout le prendre. Mettons que c’est un film qui raconte l’histoire d’un jeune homme, plutôt châtain et qui aime bien s’habiller en noir. Quelqu’un disons qui adore voyager, surtout à Paris et aussi en Egypte car il est passionné d’anciennes civilisations. Malheureusement un jour, un souci vient miner sa vie et depuis, un froncement de sourcils fige le haut de son visage. Pour sa chance, et malgré une infirmité qu’il traîne au bras gauche, ce jeune homme est très dynamique. Souvent par exemple, il n’hésite pas à sauter s’il se trouve un obstacle sur son chemin. D’où le titre d’ailleurs.

~~ Jumper (2008)

Bon je sais, vous vous dites il se fiche de moi ce propriétaire de blogue, il vient de raconter l’affiche, je suis sûr qu’il n’a même pas vu le film. Ce à quoi je répondrais que tu n’as aucune preuve de ce que tu avances, et puis j’ajouterais que voir un film c’est quoi en définitive ? Est-ce que c’est forcément le visionner du début à la fin ? Pardon mais ça me semble un peu réducteur, à ce compte-là moi j’assertionne que tu n’as vu aucun film de ta vie parce que tu t’en vas tout le temps avant la fin du générique, là où on apprend quelle marque de pellicule a été utilisée, et qui est pourtant un passage très intéressant en général. Soyons donc quitte : je veux bien reconnaître que j’ai vu ce film en diagonale, et toi, tu n’as qu’à faire comme si tu le soupçonnais pas. Let’s go.

David –c’est le main character, est un pur réprésentant de la génération Y/Z, un de ces jeunes qui ne met jamais les pieds dans une bibliothèque, sauf virtuellement quand il s’offre une petite partie de jeu vidéo sur sa console, ou alors une fois par an quand un prof réac’, et souvent moche en plus, lui a donné un exposé à faire. En général il tient 10 minutes dans la salle d’étude et après, il se met à la recherche d’une prise électrique pour brancher son chic-phone ou à défaut, se réfugie au rayon mangas.

Par un hasard assez romanesque, David en vient pourtant à fréquenter la bibliothèque de sa ville : en effet, il découvre un jour qu’il détient le pouvoir de se téléporter (« jump ») n’importe où, et bizarrement, ses premiers balbutiements de jumper le téléportent au rayon gestion de l’entreprise de la bibliothèque municipale. Pas génial. Surtout que la téléportation s’effectue dans une sorte de tourbillon aquatique, et quand David débarque dans la bibliothèque, il est trempé jusqu’aux os, mouillant par capillarité plusieurs ouvrages de management. Quel dommage. Son premier réflexe serait normalement de chercher les toilettes pour s’y sécher, mais comme il n’a finalement pas grand-chose à faire à la bibliothèque et surtout parce qu’il a abîmé des livres,  il préfère raser les murs jusqu’à la sortie, discrètement. Un adolescent discret en bibliothèque, ça fait toujours plaisir.

Suite à cet acte de dégradation, le personnel de la bibliothèque entoure de rubalise les travées pour en condamner l’accès et prononce le droit de retrait. Tout ça pour trois bouquins mouillés. C’est pas comme ça qu’on va redorer la réputation des bibliothécaires j’ai l’impression. Mais au moins, on saura qu’on ne porte pas impunément atteinte au monde du livre, surtout quand c’est à des ouvrages de qualité qu’on s’attaque.

Une fois rentré chez lui, David –qui en a dans la caboche, se dit que c’est dommage d’utiliser un tel pouvoir uniquement pour se rendre à la bibliothèque municipale en dehors des heures d’ouverture. Il a alors l’idée d’ouvrir des livres et de se téléporter dans les images qui se trouvent dedans. Il commence par le Lonely planet sur New York qu’il a volé à la BM lors de son passage éclair, et se projette ainsi au sommet du Chrysler building, ce qui se révèle en réalité moins intéressant que la bib’, car à part cracher sur les passants qui sont gros comme des punaises de lit et qui de toute façon ne sentiront rien de ton mollard vu que ce dernier se sera décomposé en 300 micro-postillons de rien du tout avant d’arriver sur leur crâne, bref, y a pas grand-chose à faire sur le toit d’un gratte-ciel.

David démarre à tout le moins une trépidante vie de globe-jumper, expérimentant la téléportation au Colisée de Rome, sur la tour Eiffel, Big Ben, le crâne du Sphinx de Gizeh, et –pas folle la guêpe… dans les coffre-forts des banques. Ce qui lui permet de ramasser un peu de pépettes et de se payer l’appart et la voiture de ses rêves. Accessoirement aussi, d’épater la jante féminine et de négocier son dépucelage avec une fille de son goût. Cela dit, l’heureuse élue n’est pas mal lotie : David l’emmène dans ses pérégrinations téléportées aux quatre coins de la planète… au risque du voyage-zapping, car il y a tellement de destinations de rêves que leurs escapades ne durent en moyenne que 45 secondes. Ça ne laisse pas énormément de temps pour découvrir les cultures locales. Ni pour bronzer, remarque. De temps à autre, ils se reposent et s’offrent une petite sortie à l’ancienne : ils jumpent à la bibliothèque municipale. Une fois, légère étourderie de la part de la copine : elle avait la main appuyée sur son lave-vaisselle quand David a lancé la téléportation, et le Brandt est emporté avec eux. Ce qui suggère à la jeune femme la question la plus existentielle du film :

— Qu’est-ce que mon lave-vaisselle fait à la bibliothèque ?

Vous l’aurez compris, si vous aimez la bonne philosophie qui a un peu de corps, je ne saurais trop vous conseiller ce film qui nous interroge sur l’espace, le temps et la consubstantiation des appareils électro-ménagers en bibliothèque à l’heure du numérique. Je vous préviens juste, vous avez intérêt à avoir aimé les trucs du genre Transformers, Matrix ou la trilogie de Jason Bourne parce que c’est à peu de chose près la même came.

Pour accéder au DVD de Jumper qui plaira assurément à l’adolescent qui dort en nous (ou chez nous, pour ceux qui ont la chance d’avoir des enfants de cet âge –bon courage), on pourra se rendre à la médiathèque des Chartreux à Troyes, qui a développé un intéressant pôle thématique sur la science-fiction. Et si vous voulez prolonger l’expérience en lisant le roman de Steven Gould à l’origine de ce scénario ainsi que sa suite intitulée Reflex, vous pourrez les découvrir dans la grande médiathèque de Troyes.

..

Advertisements

Une réflexion sur “Et si on faisait un saut à la bibliothèque ?

Commentez cet article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s