Je compense donc je lis

Imaginez une famille de classe moyenne, voire très moyenne… ou pour le dire sans giries, complètement abrutie par les mirages de la société de consommation, obnubilée jusqu’à la méchanceté par les apparences et qui serait une sorte de mélange pétaradant entre les Simpson et les Thénardier. Dans ce type de famille, c’est connu, il y a souvent un vilain petit canard –il s’appelle Lisa ou Cosette, et il vit mal le marasme affectif et intellectuel imposé par ses parents. Ici et dans la plus pure tradition du conte, il s’agit de la petite dernière, elle a quatre ans et se prénomme…

~~ Matilda (1996)

Comment survivre au sein d’une famille qui n’a de cesse de vous tirer constamment vers le bas ? En voilà une jolie question qu’on n’a pas fini de régler. Alors que d’éminents sociologues, psychologues (et peut-être même, si on cherche bien, quelques urologues) font régulièrement vibrer les foules grâce à de palpitantes conférences et productions imprimées sur le sujet, la petite Matilda, elle, n’a pas le temps de s’embarrasser avec les concepts alambiqués. Pour compenser les carences psycho-éducatives de ses géniteurs, elle pratique une résilience de proximité : elle va à la bibliothèque publique.

Bon choix, Matilda. La lecture, c’est la vie, et la vie c’est la vie. Dommage, que tout ça ne soit pas du goût de ton papa, monsieur Verdebois, qui lui est plutôt branché écrans :

«Les bouquins, ça sert à quoi ? Pourquoi tu veux lire alors que tu as un poste de télévision, là sous ton nez? Tout ce que tu trouves dans un livre, la téloche te l’apporte sur un plateau, et plus vite »

De prime abord, l’argumentation de ce daron nous semblera passéiste et consternante, et on jugera que monsieur Verdebois est essentiellement un gros bourrin des prairies. Pour le plaisir de la controverse cependant, demandons-nous : son point de vue supposément arriéré ne serait-il pas au contraire moderne et fédérateur ? Je veux dire, quand nous nous regardons nous-mêmes, professionnels du livre et agents de bibliothèques, ne cédons-nous pas aux mêmes sirènes quand : (attention, vous arrivez dans ce qu’on appelle dans le jargon : un paragraphe chiant)

  • … nous décidons de faire des coupes claires dans nos collections physiques (encyclopédies, périodiques, musique, …) afin de claquer notre budget dans des ressources numériques que nous jugeons plus efficaces et plus pertinentes pour le citoyen ?
  • … nous choisissons de mettre à disposition de nos lecteurs des tablettes ou des liseuses électroniques en mettant en exergue que c’est plus pratique que de porter 50 bouquins (d’ailleurs, entre nous, qui a jamais besoin de porter 50 bouquins en même temps) ?
  • … nous orientons tout de suite vers un poste Internet le collégien qui vient nous questionner pour son exposé sur les mollusques ?

Punaise y a des livres partout ici ! je vais t’acheter une liseuse, ça sera moins le souk.

Bref, à épouser comme le père de Matilda l’idéologie du rapide et du commode, on peut se demander dans quelle mesure on n’est pas, nous aussi bibliothécaires, des artisans dévoués de la civilisation de l’inattention et du tout-tout de suite. C’est vrai, mince à la fin, l’expérience sensible que nous procure un livre, quand on se met en quête de le trouver chez le libraire, quand on le feuillette pour la première fois en libérant ses effluves de papier qui n’a pas encore pris l’air, quand on se tortille le poignet à le lire dans le bus bondé, quand on cherche un endroit où le ranger dans sa maison, quand on le prête à un ami, quand on l’annote, quand on glisse une photo qui nous est chère en ses pages, quand on s’engueule avec son conjoint qui nous balance qu’on accumule trop de bouquins, quand on se résout finalement à le jeter ou à en faire don à la bibliothèque publique… Tout cela ne forge-t-il pas à part entière et au-delà du contenu du bouquin, une expérience complète qui, par de subtils ajustements entre l’expérience intellectuelle (accéder à une histoire/un savoir) et l’expérience physique (la multiplicité et la qualité des gestes qui sont générés autour de cet accès), construit un individu plus profond, épais et complexe que les clic-clics du world wide web et la navigation digitale ? La peine, la lenteur, l’abandon, l’effort, le fortuit… ne sont-ce pas des vertus qu’à l’instar du père Verdebois, nous ostracisons quand nous cédons à la tyrannie du fonctionnel et du pragmatisme qui fondent notre société dématérialisée?

L’aimable chaleur du livre posé contre son ventre. Essayez de faire pareil avec un ipad relié au wifi, et c’est le cancer des intestins à 12 ans qui vous attend

Pardon, revenons à notre film avant qu’on ne se croit je ne sais où, sur un de ces commentaires fleuves dont l’incontournable et roboratif Bernard Majour inonde depuis des années la « biblioblogosphère », par exemple (ayant découvert ce mot récemment, je m’étais juré que je l’emploierai au moins une fois dans ma vie ; voilà, c’est fait, je suis bien content de m’en être débarrassé). Bref, Matilda.

Comment cette jeune fille s’y prend-elle pour trouver l’adresse d’une bibliothèque dans laquelle elle pourra étancher sa passion pour la lecture ? On n’est qu’en 1996 et c’est pas encore le temps des digital natives (t’as bien quelques ricains éclairés qui commencent à découvrir Internet grâce à Netscape et Altavista mais ça pousse pas très loin), par conséquent Matilda s’en remet au classique bottin, où elle trouve toutes les coordonnées de la public library. A ce propos, on notera que les vénérables pages blanches indiquent non seulement l’adresse et le téléphone du standard de la bibliothèque , mais aussi les n° directs de toutes les sections (banque de prêt, espace enfants, coin presse…). Ce qu’en passant –et pardon de faire encore le chicanos de service, on est en 2013 loin de trouver sur tous nos portails web de bibliothèques.

Royal, on peut contacter… le répondeur de la bibliothèque.

Quand on découvre avec Matilda la bibliothèque en question, c’est l’inaltérable scène de temple du savoir qui nous attend : un hall d’accueil qui n’a rien à envier à une église cathédrale (vitraux, hauteur de plafond digne d’une nef , des marbres partout) et un guichet posé au milieu comme une chaire, duquel domine une bibliothécaire que la fraîcheur et la souplesse situent entre Benoît XVI et le bon roi Salomon. On s’attend logiquement à un accueil glacial.

En vérité, on se sera trompé : Matilda va tomber sur la version maternante et mielleuse de la bibliothécaire old school, en la présence de la bien-nommée madame… Folyot … Hum, c’est vraiment du grand n’importe quoi. Qui imaginerait un film policier où l’enquêteur principal s’appellerait monsieur Tazeur, par exemple ?

–Où sont les livres pour enfants s’il-vous-plaît ? –Dans cette pièce à ta gauche… tu veux que je t’en choisisse un avec plein de jolies images à regarder ? –Non merci, je suis sûre que je me débrouillerai !

Bien envoyé Matilda, c’est pas parce qu’on a 4 ans qu’on va se laisser marcher sur les sandalettes. Au demeurant, cette scène montre un biais courant chez le bibliothécaire : celui qui consiste à adapter notre accueil en fonction de l’âge du lecteur, alors qu’on le sait, c’est l’univers et le niveau de lecture de l’usager qui sont à prendre en compte. Je me souviendrai toujours de ce gamin de 9 ans intéressé par les volcans, j’avais cru malin de l’orienter vers une édition illustrée qui représentait les volcans avec des gros yeux et une bouche d’ogre… et là, regard peiné du môme devant l’opuscule abêtissant que je lui présentais : ce salopiot était en fait un vrai petit Haroun Tazieff en herbe et ce qu’il voulait, c’était un documentaire avec des schémas et des explications hyper pointus. Pour me venger, plus tard, je lui ai imputé un faux retard histoire de bloquer sa carte pendant 3 semaines. Ça lui a fait les pieds.

La bibliothèque a un nouveau fournisseur de mobilier : les puces de saint-Ouen

Matilda, précisément, est de cette pâte d’enfants très éveillés à qui il ne faut pas la faire. Complètement autonome, elle pénètre dans l’espace jeunesse, cosy et décoré comme le salon de ma grand-mère. Elle repère la place la plus confortable –un fauteuil moelleux dont la housse en coton des familles figure plein de livres ouverts, et s’y installe avec délectation, un illustré de Dickens en main. Mazette, il ne manque plus que le thé au citron et la boîte de Quality street. C’est fichtrement kitsch, et on n’a pas tout vu : la petite extrait des rayons tout un tas d’éditions surannées de Walter Scott, Blackmore et Kypling puis, conquise par cette moisson, elle décide de tout emprunter. On la voit dès lors quitter la bibliothèque avec sa fournée de romans d’aventure qu’elle tracte jusque chez elle au moyen d’un de ces chariots en ferraille avec lesquels les enfants jouaient avant l’apparition de la fée électricité.

Pour transporter les documents, remarque, c’est génial et largement moins pénible que les sacs de bibliothèques en polypropylène expansé que tu portes à bout de bras comme un cheval mort quand ta bibliothèque a eu la bonne idée de te faire miroiter les charmes du prêt illimité, ainsi que c’est le cas ici (« Tu pourrais avoir une carte de bibliothèque rien qu’à toi et emporter des livres à la maison ; tu ne serais pas obligée de venir à pied tous les jours et tu pourrais en prendre autant que tu veux !« ).

Quoiqu’il en soit, on ne se croirait pas dans les années 90 où est censée se passer l’action du film, et d’ailleurs, quand on regarde comment est attifée Matilda, on est loin des chetrons à la Jordy qu’on voyait dans les écoles primaires de cette obscure décennie : avec sa coupe de Martine, son nœud dans les cheveux, ses petits gilets et ses robes de poupée Corolle™, elle ressemble plutôt à une fillette des années 40, voire à… une bibliothécaire.

Matilda et la bibliothécaire : les mêmes, avec 60 ans d’écart

On comprend mieux, du coup, son immédiate adhésion à l’univers de la bibliothèque, qui va désormais offrir à la jeune fille le havre de tranquillité qu’elle n’a pas à la maison. La bibliothèque, lieu de résilience haut de gamme et jardin secret pour les enfants dont les foyers bruyants entravent le développement personnel : encore une belle occasion de rappeler qu’à côté des cafétérias et des tournois de videogames, une des composantes du troisième lieu a tout avantage à rester la quiétude et une forme de silence.

Tous les jours depuis lors, Matilda parcourait les quelques centaines de mètres qui la séparaient de la bibliothèque. Elle dévorait livre sur livre. Quand elle eut épuisé tous les livres pour enfants, elle se mit en quête d’autre chose. Madame Folyot, qui l’observait fascinée depuis plusieurs semaines, se mit à donner à Matilda quelques renseignements précieux sur la bibliothèque (…)

Voilà encore une très intéressante notation pour l’accueil en bibliothèque : alors qu’habituellement, on a nos chefs qui nous serinent que lorsqu’on accueille un primo-arrivant, il faut absolument lui présenter en 10 minutes l’ensemble des services de la bibliothèque –ce qui soûle tout le monde et  s’avère souvent improductif (deux jours après son inscription, tu as le même gus qui vient te demander jusqu’à quand il peut garder les livres), ici les informations n’ont pas été données in extenso à la première visite de Matilda : la bibliothécaire les distille à sa petite usagère au fil du temps, de manière circonstanciée. Un accueil avisé, un accueil attentionné.

Profitant de la sympathie de la bibliothécaire, Matilda en profite quelque peu et on commence à la voir lire, allongée sur les tables :

A partir de là, Matilda, c’est le grand bain, tu es sûre de vouloir te jeter à l’eau dans la section adulte ?

☄ Que dire de ce film, qui est comme beaucoup le savent l’adaptation d’un classique de la littérature enfantine signée du délicieux Roal Dahl ? Qu’elle est fidèle au roman ? Certes, et ajoutons que la fantaisie apportée par Danny De Vito, en tant qu’acteur et réalisateur, est tout à fait heureuse. Evidemment, à l’instar de nombreuses adaptations, l’installation du film la première demi-heure est fabuleuse et la suite connaît quelques moments plus convenus, notamment une fois que Matilda est scolarisée. Mais globalement la tendresse de l’ouvrage rattrape tout et on trouve facilement ce film très attachant.

L’intelligence jeune et vive de Matilda continua à se développer, nourrie par la voix de tous ces écrivains qui avaient envoyé leurs livres de par le monde tels des navires sur la mer… Ces livres apportaient à Matilda un message d’espoir et de réconfort : « tu n’es pas seule« .

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6 réflexions sur “Je compense donc je lis

  1. Comme je vous comprends… j’avoue que moi-même j’en arrive à me surprendre parfois (j’espère que vous ne parliez pas du commentaire de B. Majour, au fait)
    Mp

  2. B. Majour, grand bonjour et merci pour cette contribution passionnante.

    Je vais quand même me permettre de vous faire remarquer que votre commentaire est plus long que mon article et ça, c’est très gênant en termes de hiérarchie et du contrôle que je souhaite exercer sur ce blogue. La prochaine fois, essayez s’il vous plaît d’être plus concis, ou alors je ne sais pas, créez votre propre blogue ou allez sonner à la porte de François Bon pour qu’il vous publie un recueil d’aphorismes professionnels, je suis sûr que l’idée lui plaira.

    Trêve de bavardages, je suis intimement d’accord avec vous sur la différence entre télévision & multimédia, encore qu’aujourd’hui, il semblerait que les fonctionnalités de la télévision (« connectée », chaînes replay…) aient tellement évolué que son utilisation n’est sans doute plus aussi passive que ça.

    Si j’ai rapproché les divers machinchoses multimédia et la télé, en tout état de cause, ce n’était pas tant sur l’aspect fonctionnel dont je me fiche pas mal, que disons, anthropologique : que ce soit la télé dans les années 80 ou Internet et les appareils nomades en 2013, je les vois comme des médias qui aimantent l’individu sur des activités immatérielles qui ont supplanté de nombreuses activités humaines, qui sont marquées par la possibilité d’un « zapping » (les hyperliens et la polyvalence des machines ne sont-ils pas autre chose que du zapping?) qui génère une « vague attention », une « concentration clairsemée » et diffuse (ce que vous appelez avec inspiration le « bruit de fond ») que la lecture traditionnelle d’un livre, à l’opposé, n’autorise pas (ou alors à perdre tout le bénéfice du temps passé dessus).

    Merci beaucoup pour votre mise en abyme du personnage de Mrs Phelps qui m’a appris plein de choses. La littérature aussi semble facilement encline à relayer les stéréotypes, dirait-on !

    D’accord avec vous pour la notation religieuse. Le rapprochement de la bibliothèque avec l’univers religieux est hyper courant, notamment dans les films qui n’hésitent pas à surjouer la lumière, le silence, le mystère. Peut-être que ça vient de l’héritage de nos civilisations du Livre, dans lesquelles le lettré a souvent commencé par être un religieux. Aujourd’hui encore, je suis frappé de voir à quel point la bibliothèque peut encore apparaître comme l’équivalent positif (au sens comtien) du Temple, qui enferme le savoir métaphysique. Sans même regarder nos bibliothèques nationales, qui sont de vraies cathédrales, vous prenez l’architecte d’une bibliothèque lambda, bah si vous l’écoutez, vous avez l’impressions qu’il est animé par les mêmes inspirations que les bâtisseurs de cathédrales… alors que vous, tout ce qui intéresse, c’est que les gens aient pas besoin de se casser le dos pour faire coulisser les bacs à DVD…

    « Pas de nounous, aucun autre enfant. C’est le désert intégral dans cette bibliothèque. »
    –En fait pardon, je ne l’avais pas précisé mais si Matilda commence à se rendre en cachette à la bibliothèque, c’est parce que ses parents avaient refusé de la scolariser. Elle y va donc en pleine matinée, à l’heure où tous les autres enfants sont à l’école. D’où le fait (à mon avis) qu’il n’y ait personne dans la section jeunesse, alors que la section adulte est elle, fréquentée.

    A bientôt pour un échange moins long mais je n’en doute point, aussi intéressant.
    Mp

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  5. Bonjour MisterPamp

    « afin de claquer notre budget dans des ressources numériques que nous jugeons plus efficaces et plus pertinentes pour le citoyen ? »

    Plus rapides ?
    Ou plus en phase avec la société de vidéo-consommation ?

    Lorsque le livre est à consommation lente, plus réflexive et aussi plus personnelle, la vidéo demande moins d’efforts, de réflexions, moins d’implications.

    Bien sûr, tout dépend, de la qualité « réflexive » de la vidéo.
    Certaines sont parfois à la hauteur des bons livres.

    « Tout ce que tu trouves dans un livre, la téloche te l’apporte sur un plateau, et plus vite ».

    Plus vite consommé, plus vite oublié, moins bien ancré dans le cerveau.
    Combien de télévisions servent juste de bruit de fond, lorsque pour d’autres, plus rares, c’est la radio.

    Mais question : combien de livres en bruit de fonds ? 😉

    Pour les tablettes,
    Je ne sais pas si on peut les mettre au même niveau.
    Ce serait comme dire qu’il est indécent d’avoir une bibliothèque chez soi.
    Grmmpff ! A quoi bon plusieurs livres ? On ne peut en lire qu’un seul à la fois.

    Un à la fois, mais plusieurs en cours, ai-je envie de répliquer.

    Suivant l’endroit, l’humeur ou le moment, il me semble pratique d’avoir plusieurs livres à disposition. Ou plusieurs textes, types de textes.

    On a bien ce phénomène avec les Walkmans. Les musiques ne sont pas les mêmes lors d’un footing ou lors d’un bain relaxant. Tablette musicale d’un côté, tablette bibliothécale de l’autre.

    Courts textes, longs textes. La simple durée d’un voyage dans les transports en commun suffit à changer la durée lecture, et le type de lecture.

    Je ne vois pas non plus la tablette comme pouvant être au même niveau que la télévision.
    La télévision ne s’arrête pas, une bonne idée en chasse un autre, sans aucune pause.
    La télévision c’est du flux, du flot continu.

    Avec la tablette, le livre, on peut s’arrêter, prendre son temps.

    Cependant, pour les tablettes, une question m’interpelle.
    Au simple niveau statistiques bibliothécaires, doit-on compter le prêt d’une tablette comme celui d’un seul document, ou comme celui de 50 à 100 ?

    Bon, ok, jetons les tablettes, ça va nous foutre le boxon dans nos statistiques de prêts ! ;o)

    « nous aussi bibliothécaires, des artisans dévoués de la civilisation de l’inattention et du tout-tout de suite. »

    Peut-on esquiver la nécessité d’un tout tout de suite bon marché ?
    Rapide moyen de se débarrasser d’un « gêneur », ou de traiter une file d’attente.

    Oui, ici je pense toujours à cette règle commerciale qui associe ces trois termes :
    – Pas cher (bon marché)
    – Rapide
    – De qualité

    On peut en avoir deux, mais pas le troisième.
    Cette règle s’applique un peu partout.

    Si on veut se débarrasser vite d’un collégien, à pas cher (en peu de temps)… on l’envoie sur un poste informatique et la réponse qu’il obtiendra ne sera pas « de qualité ».

    Ce qui, à la réflexion, est un mauvais investissement.
    Tant pour le collégien, que pour le bibliothécaire.
    Le même collégien reviendra la fois suivante avec un autre exposé à faire. Ou, pire, un autre collégien l’année suivante, avec le même sujet sur les Mollusques.

    Soit il faut apprendre au premier collégien à bien se servir de l’ordinateur.
    Soit, il faut développer la thématique « Mollusque » pour les collégiens suivants.
    Acquisition de livres, mais aussi acquisition de « requêtes de recherche » ou de documents informatiques sur le sujet. Investissement cher au premier coup (temps = argent), mais par la suite réponse rapide et de qualité.

    Même si, regarder un collégien patauger n’est pas une mauvaise chose en soi.
    Le véritable exercice n’est pas d’obtenir les réponses justes, mais de chercher à les obtenir.
    La bêtise, ou la tricherie de l’enseignant, c’est bel et bien de noter les seules réponses.
    Lorsque la démarche est mille fois supérieure, et plus importante !.

    Le tout tout de suite, on le retrouve ici aussi.
    « Pas cher », « rapide » à corriger… enseignement de « peu de qualité ».

    Doit-on répondre plus lentement ou creuser un peu la question, au péril de l’énervement et de l’impatience en banque d’accueil ?
    Parfois, je me pose la question. Et j’investis un peu de temps sur des questions redondantes, pour les suivants.

    Mais revenons à « Matilda » dont j’ai lu le livre, et dont je vois ici les images du film.

    Pour la Photo de la bibliothécaire à son poste,
    https://notoriousbib.files.wordpress.com/2013/08/matilda-bibliotheque-hall.jpg
    je trouve qu’elle a un air de la Cène du Christ. Avec quelque chose de divin dans l’air.
    L’éclairage centré, l’aura de lumière autour de la bibliothécaire, tout cela est voulu.
    Comme les vitraux dans la salle pour enfants. Véritable cathédrale bienfaitrice pour jeunes enfants.

    La vérité dans les livres, quel culte ! 🙂

    Ce qui correspondrait bien à un autre « Tu n’es pas seule », plus religieux.
    Ces livres apportaient à Matilda un message d’espoir et de réconfort : « tu n’es pas seule ».

    Un culte, visiblement aussi désert que les églises de nos jours.
    Pas de nounous, aucun autre enfant. C’est le désert intégral dans cette bibliothèque. Sauf en section adulte, où l’affluence paraît un peu plus importante. Même si le nombre de places paraît conséquent.

    Le nombre de places assises serait-il révélateur de la fréquentation ?
    D’une ancienne fréquentation ?

    Quant à Madame Folyot, je partage ton avis MisterPamp.
    C’est du grand n’importe quoi de traduction.

    La bibliothécaire s’appelle Mrs Phelps en anglais, avec Help dans le nom.
    http://alibilibrary.com/2013/05/19/guide-to-fictional-libraries-6-great-missenden-library/

    Phelps, celle qui guide, celle qui aide.
    Même si Matilda n’a pas besoin de beaucoup d’aide. Sauf pour le rayon adultes ! 🙂

    On retrouve une Mrs Phelps dans Fahrenheit 451 (1953).
    Et que dit-elle ?

    “How’re your children, Mrs. Phelps?’ he asked.
    ‘You know I haven’t any! No one in his right mind, the good Lord knows, would have children!’ said Mrs. Phelps, not quite sure why she was angry with this man.

    – Comment vont vos enfants, Miss Phelps ? demanda-t-il.
    – Vous savez que je n’en ai pas ! Aucune personne censée, Dieu m’en est témoin, ne devrait avoir d’enfant ! » répondit Miss Phelps, pas tout à fait sûre de savoir pourquoi elle lui en voulait.

    Et voilà qu’une Miss Phelps de 1988, reçoit une enfant extraordinaire.
    Quatre ans et demi, et déjà à vouloir conquérir le monde des adultes par les livres.

    On trouve une autre Miss Phelps dans Huckleberry Finn (film de 1920)

    MRS. SALLY PHELPS
    – Why on earth do you want to free him when he is free to begin with?
    TOM SAWYER
    – Are you fools? We did it for the adventure! And now Huck and I will go on another one.

    MRS. SALLY PHELPS
    Bon sang, pourquoi voulez-vous le détacher lorsqu’il est prêt à partir ?
    TOM SAWYER
    Es-tu folle ? Nous le faisons pour l’aventure. Et maintenant, Huck et mois allons en prendre un autre.

    « Nous le faisons pour l’aventure. »
    Sacrée parole d’écrivain.
    Sacrée réponse de lecteur.

    Puis, dans le livre de Mark Twain, Huckleberry Finn, on découvre.
    « Oh, I wouldn’t hurry; next year ‘ll do. Matilda Angelina Araminta _Phelps!_ »

    Matilda Angelina Araminta Phelps, est-ce une coïncidence ?

    Oui, parfois, j’aime à projeter un faisceau lumineux au milieu des livres, et voir des connexions invisibles. :o)

    Bien cordialement
    B. Majour (roboratif ? ou alors qui foisonne, à chacun d’utiliser son sécateur pour récupérer ce qui l’intéresse.)

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