Crimes à Oxford (2008)

CRIMES A OXFORD BIBLIOTHEQUE - dvdEn France, quand tu aimes lire, tu as plusieurs solutions pour te procurer ta dose quotidienne :

La solution à 20€ : tu vas t’acheter un livre en librairie. Ou mieux, à Leclerc –ils présélectionnent les livres qu’il faut lire, tu gagnes un temps fou. Dans tous les cas, c’est un plan sympa : tu accèdes à un ouvrage tout propre, qui fleure bon l’encre et le papier frais, et que tu pourras même garder toute ta vie si tu veux… sauf si bien sûr ton mari te rabâche qu’il y a trop de bouquins chez vous et qu’il te mange régulièrement la tête pour que tu t’en débarrasses (« Et Emmaüs, tu y as pensé? » ). Là, soit tu actionnes le chantage au devoir conjugal, soit tu te mets au numérique –ça prend moins de place et tu peux continuer à avoir une vie sexuelle.

La solution gratos : tu voles un livre à un ami. Tu sais, celui qui t’invite de temps en temps à dîner, dans son bel appartement néo-bourgeois avec ses étagères faussement bordéliques, bourrées de CD et de bouquins. A chaque fois, ce m’as-tu-vu essaye de t’impressionner avec ses dernières sorties culturelles et ses tirades sur la paupérisation des esprits. Pour te signifier qu’il est au-dessus de la mêlée, il a même mis des livres dans ses WC (je sais, c’est dégueulasse). En tout cas, lui, tu peux y aller tranquille, ce n’est pas 2 ou 3 bouquins en moins qui vont le traumatiser.

La solution gratos n°2 : là où tu vis, la municipalité a pris la charmante initiative de mettre en place du book crossing (ou « cross booking » , ça dépend du niveau d’anglais du directeur de la culture). Super idée : des livres pour pas un rond, dispersés partout sur des bancs publics, des rebords de fenêtres ou des espèces de mangeoires à piafs. Sauf qu’à chaque fois que tu veux faire ton marché, tu tombes sur des résidus de grenier à mémère type Higgins Clark ou des romans avec des massifs de lavande et des filles à chapeau de paille sur la couverture. Pour la forme, tu en piques quand même toujours un ou deux, mais en dépit de tes efforts répétés pour franchir la première page, au bout de 2 minutes ils te tombent immanquablement des mains et tu balances le tout dans le premier conteneur sélectif que tu croises. Book garbaging. Yeah.

La solution à 20€ n°2 : tu te prends un abonnement annuel à la bibliothèque municipale. Alors, là, c’est la queue du bonheur : tu choisis tous les livres que tu veux, et quand ils ne te plaisent pas (il y a de fortes chances), tu peux les rapporter et en prendre d’autres, incessamment. A ce petit jeu, en l’espace d’une année, tu vas pouvoir exploser le compteur de tes lectures. Par contre, il faut savoir que les livres de bibliothèque sont généralement moches, sentent mauvais, et aussi que la plupart du temps on te met une pression monstre pour que tu hâtes ta lecture –au moyen de mails débiles du type « Sauf erreur de notre part, vous n’avez pas rendu les documents suivants(…) » . Et là, tu te dis que s’ils ne sont pas sûrs de leur coup, ils n’auront qu’à t’envoyer un vrai mail le jour où ils le seront, au lieu de pourrir ta boîte ouanadou. En plus, ils signent toujours « L’équipe de la bibliothèque » , comme si leur équipe d’allumés au grand complet s’était réunie pour rédiger ce message, façon carte d’anniversaire ! N’importe quoi.

Faisons preuve de concision et resserrons le débat : quand on aime lire, est-ce que c’est les librairies ou les bibliothèques les meilleures ? Un film a osé la comparaison. Il s’appelle Crimes à Oxford.

*

CRIMES A OXFORD BIBLIOTHEQUE - bu

Des étagères inaccessibles, une ambiance de monastère et de la pénombre en veux-tu en voilà… Bienvenue à la bibliothèque.

Le film raconte les aventures de Martin, un étudiant en mathématiques des plus brillants. A vrai dire, ce sont surtout ses yeux qui sont brillants –il a toujours l’air illuminé, on dirait un lapin de laboratoire. Quoi qu’il en soit, pour se donner le maximum de chances dans ses études, notre lapin passe de fréquentes soirées à la bibliothèque universitaire. Le problème, c’est qu’il néglige ainsi sa copine, une fille qui a dix ans de plus et qui stresse déjà pas mal à cause de l’horloge biologique tout ça. Un soir, excédée par son manque récurrent de disponibilité pour l’accouplement, la jeune femme débaroule à la B.U. tandis que Martin s’y trouve en train de potasser le Tractatus de Wittgenstein.

CRIMES A OXFORD BIBLIOTHEQUE - tractatus

Là, notre fort en thème va essuyer des invectives absolument sans rapport, ni avec la philosophie de Wittgenstein, ni avec la vocation habituelle d’une bibliothèque ( « Je me sens humiliée » , « Quand vas-tu me traiter comme une femme? » etc etc).

CRIMES A OXFORD BIBLIOTHEQUE - querelle

Le niveau sonore montant vertigineusement, tous les étudiants se retournent.

CRIMES A OXFORD BIBLIOTHEQUE - inquiète

Profitant de l’auditoire qui forcit, la nana de Martin prend alors toute la bibliothèque à partie et hurle : « Ne vous en faites pas, je suis sa mère ! Je suis venue vérifier qu’il faisait bien ses devoirs ! » . C’est assez drôle mais un peu pathétique aussi. La jeune femme s’en rend compte et s’en va en courant, renversant les cours d’un première année qui passait par là.

*

ACTE 2. Pour éviter que sa nana lui refasse ce genre de scène, Lapin a pris deux décisions : ne plus jamais à la bibliothèque en soirée et, surtout, changer de petite amie. Deux résolutions excellentes, qui vont cependant pécher par impréparation. En effet, le premier matin où il se présente à la bibliothèque avec sa nouvelle chérie, Martin se casse le museau contre les grilles. Tout génie des mathématiques qu’il est, Lapin n’a apparemment pas réussi à mémoriser tous les horaires d’ouverture de la B.U..

CRIMES A OXFORD BIBLIOTHEQUE - grilles

–Je te l’avais bien dit, il est trop tôt, même pour les rats de bibliothèques comme toi… Bon, on fait quoi maintenant ?

L’envie de livres demeurant trop pressante pour Martin, il propose à sa copine de tenter leur chance dans une librairie…

Un espace largement ouvert, de la moquette, des couleurs et des livres partout. Bienvenue à... la librairie.

Un espace largement ouvert, une moquette chaleureuse, des couleurs et des livres partout… Bienvenue à la librairie.

Banco. Même quand on n’en connaît pas les horaires, les librairies ont toujours plus de chance d’être ouvertes que les bibliothèques publiques. Elles sont aussi, semble-t-il, mieux agencées, vu qu’une poignée de secondes suffit à Martin pour trouver son bonheur –un livre sur les Pythagoriciens.

CRIMES A OXFORD BIBLIOTHEQUE - livre de librairie

Le seul problème, c’est qu’il n’y a encore personne en caisse pour permettre à notre héros d’acheter ce livre. Ça ne le soucie pas plus que ça, mais a priori ça chagrine grandement la libraire, une énergique gorgone qui a dû être bibliothécaire dans une vie précédente :

CRIMES A OXFORD BIBLIOTHEQUE - libraire

–Je suis navrée mais il faudra revenir car nous n’avons personne en caisse pour le moment.. –Ne vous en faites pas, on n’achètera rien –Dans ce cas, je vous prie de bien vouloir sortir ! –Vous ne voulez pas nous laisser une minute ? –Si vous cherchez quelque chose, vous n’avez qu’à consulter notre catalogue, tous nos ouvrages sont référencés par thème… –Laissez-nous, s’il-vous-plaît… –Bon, si vous m’y forcez, j’appelle la sécurité !

*

😐 Que dire ? Entre une librairie à l’accueil paramilitaire et une bibliothèque aux horaires étriqués, notre cœur ne balance pas longtemps et c’est en définitive un match nul. A tel point que notre lapin malin choisit plutôt de se tourner vers… les spaghettis. Et oui, harassé par ces quenelles de clocher, il rentre un soir chez lui et trouve sa petite amie, nue sous son tablier, en train de préparer des pâtes. Excité par ce tableau, Lapin ôte ses chaussures, fonce vers sa pépée, lui renverse le plat de spaghettis sur la poitrine puis la culbute à même le tapis (en oubliant du coup le parmesan). Une fois le câlin terminé, comme saisi par une révélation, il lance à sa dame cette invitation ultime :

« Tu ne veux pas qu’on s’en aille très loin ? Loin de tous ces murs… Dans un pays où il n’y a pas de livres !?! »

Et bien, tout ça pour finir dans un 3ème lieu à Ibiza, c’était bien la peine. Ciao.

*

Publicités

Commentez cet article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s