Dallas Buyers club (2013)

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DALLAS BUYERS CLUB BIBLIOTHEQUE - dvdQuand on est un homme, un vrai –pur, dur et sûr de sa condition, il faut bien le reconnaître : on n’a pas vraiment de raison de fréquenter une bibliothèque publique. C’est une question de centre d’intérêt, on va dire…

Tu aimes les belles voitures ? Essaye donc de garer ton SUV teuton sur le parking taille XS de la bibliothèque… ou alors il faut tenter ta chance sur la place handicapée, mais fais attention car les bibliothèques sont des endroits très fréquentés par les handicapés, et un handicapé en colère –malgré les apparences, ça peut faire des dégâts crois-moi.

Tu aimes les sports pêchus ? Le rock qui envoie ? Dommage, le seul exercice physique qui t’est proposé par la bibliothèque, c’est de te taper leurs escaliers (l’ascenseur est toujours en panne) pour rejoindre un espace CD où tu vas trouver les Bérus pris en sandwich entre Guy Béart et Benjamin Biolay. Hit the road, Jacques.

Tu aimes boire un coup avec des copains ? Très bonne idée. Allez donc chercher bonheur au distributeur à boissons lyophilisées, coincé à l’entrée de la bibliothèque, entre la porte des WC-qui-sentent-la-mort et un portique antivol qui carillonne toutes les 3 minutes. Au niveau ambiance, tu m’en diras des nouvelles.

Tu aimes le PMU et les filles un peu open ? Bon courage, celles qu’on trouve en bibliothèque sont super compliquées et la seule chose que tu trouveras en rapport avec l’univers des canassons là-dedans, c’est le magazine Cheval, la série Triple galop et –si t’es en veine, le hennissement de la bibliothécaire quand elle te signifiera que tu as pris un livre en trot. Pas glop.

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Finalement, qu’en penser ? Que les bibliothèques sont des lieux antithétiques avec la conception sociale traditionnelle de la masculinité ? Pourquoi pas ; en attendant, on constatera que les hommes authentiques y brillent plutôt par leur absence et, d’ailleurs, lorsqu’on commence à en voir, c’est comme par hasard une fois que leur virilité a été atteinte. Exemples :

  • Celui qui a perdu son boulot (mode chasseur-cueilleur off). Lui, il a pris sa carte de bibli’ pour pouvoir user à loisir des postes Internet, du photocopieur et de la zone d’étude en vue de sa recherche d’emploi. Par contre, le jour où celle-ci aura abouti, la bibliothécaire peut être sûre qu’elle ne reverra plus jamais le bonhomme (ni lui ni, souvent, les 4 bouquins sur la rédaction de CV qu’il aura empruntés).
  • Celui qui ne sait plus faire les bébés. Alors ça, c’est un miracle : dès que l’homme a vieilli et perdu le goût (ou l’usage) de ses fonctions reproductrices, il retrouve le chemin de la bibliothèque. Pour oublier son andropause, sa prostate, et des fois aussi sa vieille femme, il aime à se réfugier dans les nourritures spirituelles. Ce qui, reconnaissons-le, contente assez les bibliothécaires, lesquelles peuvent enfin faire sortir leurs livres sur les véhicules militaires et la philatélie.
  • Celui qui a attrapé une maladie vénérienne létale. Alors ça, c’est l’exemple que nous donne le film américain Dallas buyers club : celui de Ronald Woodroof, sorte de cow-boy moderne passionné par les nanas, le rodéo et la drogue. Lui, la première fois qu’il franchit les portes d’un établissement de lecture publique, c’est quand, ébranlé au plus profond de sa puissance, il vient d’apprendre qu’il a ramassé le VIH à force de coucher avec des filles pintées étant lui-même pinté. On nous le dit, pourtant, de consommer avec modération.
DALLAS BUYERS CLUB BIBLIOTHEQUE - choix de livre

homme diminué = nouvel usager

A noter que le film se passe dans les années 1980 et, à cette époque-là, quand tu apprends que tu as chopé le SIDA, c’est comme si le ciel, les oiseaux et ta mère te tombaient sur la tête : un rencard avec la faucheuse sans possibilité de lapin. Du coup, tu n’as plus grand-chose à perdre dans la vie et –foutu pour foutu, tu te dis que tu pourrais même faire l’expérience d’aller dans une bibliothèque publique avant de caner. C’est nihiliste, c’est disgracieux à l’endroit des zélateurs de la lecture publique, mais restons cool. Car au bout du compte, c’est toujours des usagers en plus dans l’escarcelle statistique des bibliothèques, tout ça.

DALLAS BUYERS CLUB BIBLIOTHEQUE - fatigué

Tu es rétamé par la vie ? Il ne te reste plus que 6 mois à tirer ? Viens à la bibliothèque, on t’a gardé une petite place au chaud

Ceci posé, le malade du sida n’est pas exactement la panacée en matière de renouvellement d’usagers. Déjà, à chaque emprunt, son espérance de vie te fait craindre de ne jamais récupérer les bouquins que tu lui prêtes ; et surtout, au niveau hygiène, le type a des croûtes qui se désagrègent de partout, il est constamment pris de quintes de toux façon AK-47 et il te sort des glaires super grasses qu’il réprime tant bien que mal dans un vieux bandana. Bof.

DALLAS BUYERS CLUB BIBLIOTHEQUE - glaire

En plus de l’apparition du SIDA, un autre désagrément propre aux années 1980 est que les bibliothèques publiques n’étaient pas encore informatisées, ce qui compliquait sévèrement la recherche et l’autonomie des lecteurs. Ainsi, quand Ronnie veut s’instruire sur le virus qui le bourrelle, il est contraint d’éplucher de manière exhaustive la presse (on le voit notamment compulser l’hebdo Time) et d’affronter cet appareil fabuleux qu’est le lecteur de microfiches. Alala, qu’est-ce que j’ai pu aimer, lors de mes études, patouiller cette bécane qui conjuguait tous les plaisirs du stencil, des négatifs photo, du microscope, de l’échographe, du massicot et de l’ardoise magique !

A noter que Ronnie est encore loin d’imaginer toutes les futures galères qui seront bientôt occasionnées par l’informatisation des bibliothèques publiques (sites internet bloqués, plantages, non-reconnaissance des clefs USB, pass-band à ras-la-moquette, pilotes pas mis à jour, limitation dans le temps…). Du coup, il n’a pas d’élément de comparaison et n’est pas vraiment à même de profiter des délices de l’appareil à microfiches. On le verrait presque s’énerver, pour tout dire :

DALLAS BUYERS CLUB BIBLIOTHEQUE - pas calme

Heureusement, grâce à la lecture traditionnelle, il va recouvrer son calme :

DALLAS BUYERS CLUB BIBLIOTHEQUE - calme

Et bien, voici une chose très intéressante et qu’on n’aborde jamais quand on ratiocine sur la présence du numérique en bibliothèque : la capacité d’énervement générée par les écrans, opposée au bienfait social d’une humanité sereine. Nous avons pourtant tous observé ça : des personnes d’une complexion plutôt calme et enjouée, qui sortent de leurs gonds, perdent toute mesure, voire tombent dans un soudain raptus anxieux ou une colère noire… devant un ordinateur qui se fait trop contrariant. A-t-on jamais observé pareille chose avec un livre ? Personnellement, je reste interpellé par la cohabitation (que nous nous efforçons de rendre naturelle au sein de nos bibliothèques) entre ces deux médias aux fondements cognitifs et émotionnels si dissemblables que sont le livre et le micro-ordinateur. Il ne s’agit sans doute pas de supprimer les médias digitaux des bibliothèques, mais ma foi, pourquoi est-ce que pour commencer on n’apporterait pas le même soin à leur accès et leur utilisation publique que pour les livres, afin d’en offrir un emploi plus (ap)aisé ? (ex : supprimer le filtrages tous azimuts et le chronométrage, améliorer les possibilités de personnalisation des interfaces, libérer les politiques de MAJ, proposer la consultation en tous endroits…)

*

Un petit mot sur ce film, qui à travers sa scène de bibliothèque nous rappellera forcément le célèbre Philadelphia de Jonathan Demme. Car dans un contexte certes différent, c’est le même parcours d’un homme qui, parce qu’il vient d’apprendre qu’il a le sida, décide de se rendre dans une bibliothèque afin d’acquérir davantage de connaissances sur la maladie et de mieux la combattre. Parce que comme chacun le sait, n’est-ce pas, le savoir est une arme.

La bibliothèque, sublimée comme espace de combativité personnelle et sociale. La symbolique est un peu usée mais elle fait toujours plaisir. A part ça, j’ai beaucoup aimé Dallas Buyers club. L’histoire est traitée sans recherche de consensus (contrairement au film Docteur Patch, sur la même idée) et j’ai trouvé les deux principaux comédiens épatants.

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