Inside man (2006)

INSIDE MAN BIBLIOTHEQUE - dvdDans le film américain Inside man, on est a priori loin du monde des bibliothèques. En effet, Il s’agit d’un film de braquage et, comme chacun le sait, les bibliothèques font des recettes tellement ridicules qu’elles ne se font jamais braquer… donc oui, ce film se passe intégralement dans les murs d’une banque.

2 (15)Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain pour autant, car même si ce n’est que le temps d’une seconde et demi, il est bel et bien question de bibliothèque dans cette production de Spike Lee.

Au début du film, une jeune femme se rend à son agence bancaire. En attendant son tour au guichet, elle embarrasse toute la file d’attente à cause de la discussion extraordinairement bruyante qu’elle tient avec une copine au téléphone. Comme souvent dans ces cas-là, personne ne moufte et il faut attendre que le vigile rentre de sa pause cigarette pour s’approcher de l’indélicate et lui glisser discrètement à l’oreillette :

INSIDE MAN BIBLIOTHEQUE - vigile

–Excusez-moi, cela vous ennuierait-il de parler plus bas ? On entend toute votre conversation et cela peut déranger les autres… S’il-vous-plaît. Vous comprenez ?

INSIDE MAN BIBLIOTHEQUE - salle d'attente

La fille fait mine de capituler mais, dès que l’agent de sécurité tourne les talons, elle reprend la conversation de plus belle avec son interlocutrice, qu’elle ne manque pas d’aviser de ce rappel à l’ordre :

— … Devine quoi, c’était un de ces types de la sécurité ! Il m’a demandé de baisser d’un ton ! Il s’est cru dans une bibliothèque, lui ou quoi ? Merde, c’est une banque ici, à ce que je sache !

INSIDE MAN BIBLIOTHEQUE - sans gêne

😐 Et bien, quelle grossièreté

Ne nous étalons pas sur l’insolence de cette jeune femme : nous sommes dans un film de Spike Lee, donc la figure du Blanc arrogant et vulgaire qui colonise tout l’espace au mépris des minorités visibles alentour, on est déjà sensibilisé. Mais comment ne pas être également heurté par l’évocation si péjorative que cette poissarde fait des bibliothèques ? C’est vrai, à part pour tancer gratis, pourquoi est-ce qu’elle cite la bibliothèque en matière de lieu où le silence règne ? Ça fait quand même bel urètre que les bibliothèques ne sont plus des sanctuaires insonores, nom d’une pipe. Je ne sais pas, mais moi, en 2006, quand je pense à un endroit silencieux, je ne pense pas à une bibliothèque –qui est quand même un lieu beaucoup plus tolérant à l’égard du bruit qu’un couvent carmélite, la salle d’attente d’un psychanalyste ou même une réunion des Alcooliques muets anonymes. Il faut arrêter la stigmatisation, à un moment.

INSIDE MAN BIBLIOTHEQUE - pas gênée

L’individualisme des sociétés post-modernes : chacun au chaud dans son pli ombilical

Ceci étant, il ne sera pas désavantageux de noter les éléments de valeur qui, dans cette scène, sont mis en opposition entre la banque et la bibliothèque. En revendiquant de pouvoir parler sans retenue dans une banque, cette jeune femme manifeste en effet que dans ce type d’établissement, les valeurs individualistes (je cause fort avec une copine, je suis dans mon télé-monde et n’ai qu’un minimum de contact sensible avec le lieu dans lequel j’évolue…) peuvent supplanter les valeurs collectives ; alors qu’implicitement par sa réaction elle accepte que dans une bibliothèque, ce soit au contraire la valeur collective (de tranquillité générale) qui préside aux penchants individuels. Pour quelle obscure raison ? Objectivement, la nature des échanges et des transactions à un guichet de banque ne requiert-elle pas plus de confidentialité et de discrétion qu’en bibliothèque ?

En fait, si l’on examine la posture de la jeune femme, la raison de cette opposition serait plutôt à chercher du côté du positionnement par rapport à la conception entendue de la modernité. Le silence et la bibliothèque iraient bien ensemble car ce sont tous les deux des choses du passé, tandis que la vraie vie –moderne et supérieure, ce serait le bruit, la saturation et le monde marchand. L’hypothèse n’est pas forcément saugrenue, et sans épiloguer plus avant, on peut certes observer que depuis 20 ans, le mouvement de « modernisation » de la plupart des bibliothèques est aussi allé dans le sens du bruit et de la saturation (des services, des partenaires, de l’action culturelle…). See ya.

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Une réflexion sur “Inside man (2006)

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