La conquête de la planète des singes (1972)

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Aujourd’hui, on s’en réjouira, le devenir de la planète semble enfin susciter l’intérêt de nos bienveillants dirigeants politiques. Ça ne sert évidemment à rien, vu que c’est des COP réunissant les patrons et les industriels qu’il faudrait, mais bon, la surmédiatisation de ce raout aura au moins eu l’avantage de nous sensibiliser une fois de plus à nos mauvais comportements individuels. Par contre, pardon mais on nous parle toujours de nos habitudes alimentaires, de nos déplacements, de notre consommation excessive d’objets qui ne servent à rien et de nos connexions digitales énergivores… et on n’évoque jamais la chose qui selon moi pollue le plus au monde : les animaux de compagnie. Et oui, cher concitoyen, je suis désolé mais en plus de puer du bec et de t’emboucaner la baraque, de t’asservir au nettoyage de leur fiente et de te coûter plus cher qu’un gamin, ton chat, ton chien et ton chinchilla des Andes présentent un bilan carbone tout à fait pourri, en plus d’une totale inutilité au niveau de l’équilibre végétal, animal et minéral de la planète. Même sur le registre affectif, i am very sorry de te rappeler que c’est pas non plus la panacée. Y compris quand ton clébard te gratifie du summum de ce qu’il peut te donner (le combo bave+frottis+feulement), avoue que tu restes à mille lieux du plaisir et de la sophistication qu’un être humain peut déployer en la matière, surtout depuis les apports du tantrisme, du zouk love et du docteur Leleu.

Alors que les singes, eux, c’est déjà plus intéressant.

Et oui, mes frères, le monde pourrait être autrement. Dans un vénérable film d’anticipation de 1972, exit les 60 millions d’amis : suite à un virus ravageur, ils ont tous cassé leur pipe et on les a remplacés par des animaux plus robustes, les chimpanzés.

Etant donné qu’ils sont largement moins débiles que les chats et les chiens, les chimpanzés ne servent pas qu’à dégueulasser les rues des centres-villes. Ils ont plein d’autres vertus et, comme une de leurs particularités est de tout apprendre très vite, la société finit par s’en servir pour plein de choses, notamment pour occuper les emplois dont les humains ne veulent plus. Du coup, tu n’as plus d’agents de bibliothèques dans le futur mais une armada de primates sans qualification. C’est toujours plus chaleureux que des automates de prêt, me direz-vous. A noter que par sûreté, on a tout de même conservé un être humain à la tête de chaque bibliothèque.

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Les singes monopolisent la filière culturelle. Résultat, ça sent le fauve dans toutes les bibliothèques publiques. Le prix à payer pour avoir un organigramme à peu près docile.

La bibliothèque avec des singes, c’est un peu la lecture publique en mode low cost : une tripotée de bonobos qui comprennent nichts à ce que tu leur dis, mais au moins c’est pas cher, il suffit de leur balancer un treets de temps en temps pour maintenir la motivation. Cette organisation n’est pas sans rappeler celle de nos bibliothèques de village, souvent animées par un unique bibliothécaire épaulé d’une bande de bénévoles… les poils en moins. L’intérêt par rapport aux bénévoles, c’est que les chimpanzés ne racontent pas leur vie à la banque de prêt avec les lecteurs, et aussi que tu peux leur gueuler dessus sans craindre l’arrêt du pacemaker ou la plainte au maire.

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« Dis donc, Chewbaca, si tu ne ranges pas tous les 700 dans la demi-heure , je te casse la tête »

Après, si en 2016 tu pleures déjà sur la déprofessionnalisation du métier avec les CAE, les contrats d’avenir, les reclassements, les services civiques et le piston du neveu par alliance de l’élu, bah avec les singes crois-moi que tu vas bien racler le fond. En effet, à moins d’avoir toujours rêvé de vivre la vie de Dian Fossey –auquel cas tu vas t’en donner à cœur joie, tu risques de trouver le management un tantinet douloureux vu que pour commencer nos amis primates lisent super mal, ce qui affecte considérablement la qualité du rangement et du renseignement au public. Aussi, quand la bibliothécaire demande à l’une de ses guenons de lui trouver « A l’ombre des jeunes filles en fleur pour Mme Riley », la singesse ressort des rayons avec un recueil de poèmes chinois de Arthur… Waley. C’est approximatif, c’est navrant, et tu te demandes si finalement un bon vieux labrador ne ferait pas mieux.

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Malgré la défectuosité de son personnel, la bibliothèque de ce film reste intéressante. Petite mais implantée dans une rue passante, elle ne manque pas d’atouts comme sa large vitrine qui, sur le modèle des librairies, sait capter le chaland. On ne croit pas si bien dire : la seule fois où dans le film on voit quelqu’un entrer dans la bibliothèque, c’est pour profiter de ladite vitrine. A savoir, un monsieur qui vient demander s’il peut scotcher une petite annonce dessus. La bibliothécaire acquiesce sans sourciller ni même savoir de quoi il retourne. Il s’agit en réalité d’un tract pour un spectacle de cirque dont le monsieur est l’imprésario.

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Les points forts de cette bibliothèque ne résident pas que dans son entregent avec les artistes locaux. Le plus intéressant est sans doute l’espèce de BOD (book on demand) qui a été mis en place. Beaucoup plus chic qu’un service de réservation ou de portage à domicile, c’est tout bonnement le-livre-où-tu-veux-quand-tu-veux. Comprenez que n’importe quel lecteur peut téléphoner à la bibliothèque pour demander un bouquin puis, un quart d’heure après top-chrono, t’as un orang-outan qui se pointe et qui te remet en mains quasi-propres le bouquin chez toi, à ton travail ou même dans la salle d’attente de ton dermato où tu rongeais ton frein comme une maboule. Le fin du fin en matière de libéralisation des services publics, bien plus rapide et sexy que la prestation Portéo médiathèque de La Poste.

Ceci étant, on est obligé de reconnaître qu’un tel service ne peut fonctionner que parce que les singes de la bibliothèque sont corvéables à merci et qu’aucun d’eux n’a encore eu l’idée de se syndiquer (c’est d’ailleurs à ce genre de détails qu’on voit que l’être humain garde une longueur d’avance sur ses « cousins » ).

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 » Tu as 8 minutes pour apporter ce livre à Mme Lanseuil, qui attend au salon de coiffure PURGA’TIF, à l’angle de la 5ème et de la 39ème »

Encore plus fort pour le lecteur : si tu ne veux pas te fouler à aller ensuite rendre le livre à la bibliothèque, tu peux prendre l’option « le singe reste à côté de moi tout le temps de ma lecture et quand j’ai fini, il repart avec le bouquin ». Imparable. Je suis sûr que même Bertrand Calenge* n’avait jamais pensé à ça.

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*

Un mot sur le film, qui sera un avis sur la totalité de cette saga cinématographique extrapolée de l’oeuvre de Pierre Boulle. Et oui, certains sont d’invétérés fondus de Star wars ou de Star Trek ; quant à moi, ça a toujours été La planète des singes. Si j’abhorre gentiment la nouvelle mouture des années 2000 et son itération en cours, j’ai une dilection intacte pour la merveilleuse série télé originale et les « tirés à part » que sont les 5 films sortis entre 1968 et 1973. Hyper politique, humaniste et captivant de bout en bout, La conquête de la planète des singes est assurément un des meilleurs de la pentalogie. Je crois qu’ils vont en réaliser le remake l’année prochaine, nous verrons s’ils auront préservé la scène de la bibliothèque. A bientôt.

* Ma pensée pour cet éminent collègue dont l’esprit clair et exigeant a, je crois, fait beaucoup de bien au métier de bibliothécaire. Je pense notamment à une conversation, aussi tendue que passionnante que nous avons eue il y a quelques années, alors que je soutenais un travail en sa présence et que, je ne sais plus ce qu’elle fichait là, une photographe s’était tapée l’incruste et nous avait flashés. Je vous épargne ma ganache, mais voici celle de l’homme en pleine pensée. Es ist gut.

*

Hélas, beaucoup  de décès et d’anniversaires de décès en ce début d’année. Petit retour sur une des premières chansons, méconnue, de Daniel Balavoine (†14 janvier 1986), laquelle rendait un fibreux hommage aux vertus échappatoires de la lecture :

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