Le prix du désir (2004)

LE PRIX DU DESIR bibliothèque - jaquetteJe sais, les conférences en bibliothèque, c’est pas ton truc. Je sais, tu as la box. Et oui, tu as aussi des amis, pas les cloches à qui tu fais des doigts sur Internet mais les vrais, ceux avec qui tu préfères sortir pour te descendre des chopines dans une taverne en vue plutôt que saloper ta première partie de soirée en allant dans un auditorium de médiathèque, au milieu d’un parterre de cheveux gris qui se pâment dès que le conférencier fait un jeu de mots vintage et qui, après la conférence, jouent des coudes pour attraper un gobelet de jus périmé ou l’un des amuse-bouches d’entrée de gamme qui tapissent la table-tréteaux gentiment disposée par les bibliothécaires à l’entrée de la salle, à côté de l’ouvrage de l’impétrant qu’on t’incite à acheter…

Rassure-toi, excepté les 3-4 furieux qui se font l’intégralité de l’agenda culturel de la bibliothèque pour se persuader qu’ils travaillent dans un lieu formidable d’opportunités, les bibliothécaires ne viennent pas non plus aux conférences qu’ils organisent dans leurs murs. Ils montrent ainsi qu’ils sont des gens comme les autres, ce qui n’est pas plus mal. Bienvenue dans… Le prix du désir.

Avec un titre et une affiche comme ça, soyons francs, on se laisserait bien embarquer par un film sulfureux avec des regards équivoques, des dialogues adultérins et des scènes fiévreuses de corps qui s’emboîtent en laissant la sueur dégoutteler sur la moquette d’hôtels un peu glauques. Pas de chance, on dégringole du bastingage dès la première scène –qui se passe à la bibliothèque Mazarine, à Paris, et nous fait suivre une conférence littéraire qui a ramené là quelques mols spécimens des classes moyennes et sup’ des deux rives. Ambiance ronflante et compassée, ça sent le Givenchy et la brosse à reluire.

Le sujet de la conférence est l’oeuvre d’un écrivain contemporain aussi talentueux qu’énigmatique, le fameux Serge Novak (l’auteur du célèbre Journal sans dates et du non moins réputé Inventaire polonais).

Ne te jette pas sur Wikipédia pour combler tes lacunes en littérature, cher lecteur, cet écrivain n’a jamais existé. C’est du cinéma, comme d’ailleurs le décor de cette scène censée se passer à la bibliothèque Mazarine : un vilain coup de piccolo que le grossier plan extérieur qui suivra (pointant sans vergogne sur la coupole de l’Institut de France) ne parvient pas à maquiller pour qui a déjà mis les pieds dans cette bibliothèque magnifique qu’est la Mazarine. Par contre, je n’ai pas réussi à identifier la bibliothèque de ce film, si quelqu’un la reconnaît ?

Tous ces subterfuges semblent n’émouvoir personne. Que ce soient les trois tribuns ravagés de ce débat littéraire, le public qui a l’air de boire du petit lait ou même le principal intéressé, ce soi-disant Serge Novak qui –ne me demandez pas pourquoi, se trouve présent à la conférence, mais pas sur l’estrade. Par timidité, narcissisme ou penchant pervers, il est venu incognito, déguisé en Daniel Auteuil et s’est fondu dans l’auditoire.

Au bout de quelques secondes, on comprend pourquoi l’honorable écrivain s’est incrusté : ce cochon est venu pour reluquer les lectrices de ses livres ! Depuis le fond de la salle, il savoure avec discrétion le bel éventail du deuxième sexe qui compose son lectorat : les pipelettes à colliers de perles de 70 ans…

… les étudiantes en lettres à moitié ratatinées par le shit…

… et même les jeunes femmes enceintes qui vont aux toilettes toutes les 10 minutes.

Et oui, ça peut être aussi ça, les grands écrivains.

*

Que dire de ce drôle de film ? Si l’on met de côté le passage de la bibliothèque qui –fait assez rare, présente une scène d’action culturelle (et non la sempiternelle séquence de recherche documentaire), ce Prix du désir ne se foule pas vraiment la cheville. Improbable incartade de Daniel Auteuil dans l’univers des thrillers érotiques (qualité TV), le film de Roberto Ando nous enivrera plus par sa nigauderie que par ses scènes polissonnes, aussi chaudes qu’un automate de prêt. Sérieusement, à moins de vouloir découvrir un Daniel Auteuil lubrique qui, la fleur au fusil, a envie de se taper sa bru entre deux portes de frigo, c’est juste un de ces films fast forward qu’on parcourt la télécommande à la main pour raccourcir le préjudice… surtout qu’on n’a pas que ça à faire, sinon on va arriver en retard à la bibliothèque pour la conférence sur la Namibie à laquelle on s’est inscrit :

Et voilà, tu es arrivé en retard et la salle est pleine ! Bon, comme les bibliothécaires se contrefichent cordialement du dépassement de la jauge de leur salle, tu peux te caler au fond, adossé contre la porte de secours.

*

Quelqu’un a-t-il reconnu cette bibliothèque patrimoniale ?

 

 

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3 réflexions sur “Le prix du désir (2004)

  1. D’après Imdb, ce film a été tourné à Genève et à Cracovie. Peut-être est-ce dans l’une de ces villes ?

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